Chômage, un mal durable

Analyse des derniers chiffres de janvier 2014 du chômage en France.

Les chiffres du chômage en janvier nous indiquent plusieurs éléments importants. D’abord, il est important de noter que la hausse est de près de 8 000 chômeurs supplémentaires. Nous revenons à des hausses régulières mais modérées, même si la notion de modération n’a que peu de sens s’agissant de situations sociales souvent difficiles.
La France a heureusement cet avantage de disposer de filets de sécurité sociale (social safety nets pour reprendre le terme anglo-saxon) suffisamment solides pour amortir un taux de chômage qui, pour la plupart des pays industrialisés, parait insupportable.
Cet amortisseur social est particulièrement important, mais ne permet pas à notre pays de redémarrer aussi vite que les autres. Il y a fort à parier que la croissance du PIB soit au rendez-vous durant les prochains mois mais que, pour autant, le taux de chômage ne suive pas à la baisse.
La tendance durable est donc à la hausse, mais cette hausse n’est pas uniforme.
Ce mois-ci encore, la catégorie qui tire la courbe vers le haut est celle des plus de 50 ans. Cela n’a rien d’un hasard, la tradition française des plans sociaux veut que l’on se sépare des collaborateurs les plus âgées, réputés les plus chers. Cependant, ce mal français est aussi celui des ouvriers qui, en moyenne, sont plus âgés que les employés.
Une usine qui ferme est souvent une entreprise qui est en difficulté depuis longtemps et n’a pas embauché de jeunes ni investit pendant des années. En cas de liquidation, la majorité des salariés licenciés seront donc âgés et viendront grossir la cohorte des chômeurs de plus de 50 ans.

Stabilité des chiffres pour les jeunes

La nouvelle plutôt positive est la relative bonne tenue (stabilité après une baisse assez régulière) du chômage des jeunes. Cela peut s’expliquer notamment par une meilleure adéquation des formations avec le monde du travail, notamment grâce à l’alternance ou l’adaptation d’une partie des acteurs de l’enseignement supérieur aux réalités du marché du travail.
Bien entendu, les contrats aidés et le traitement social du chômage contribuent également à cette stabilité qui se confirme et constitue un vrai ballon d’oxygène.

Les 50 ans et +, quel avenir ?

Il reste ce problème des plus de 50 ans. On évitera bien entendu les lieux communs sur la transmission de l’expérience aux jeunes qui fut l’erreur majeure de François Hollande en début de mandat. Il pensait en effet que les entreprises avaient besoin d’incitations pour organiser la transmission des expériences. Outre la méconnaissance profonde du fonctionnement du monde économique, cela a contribué à infantiliser les chefs d’entreprises, comme s’il fallait leur expliquer que « oui les seniors sont importants… ».
Ce problème pourrait se régler autrement. De plus en plus de « seniors » se lancent dans des missions temporaires de conseils et d’accompagnements parfois fortement rémunérées auprès d’entreprises qui ont un réel besoin de leurs savoir-faire mais ne souhaitent pas les embaucher. Le statut d’auto entrepreneur a d’ailleurs beaucoup aidé les techniciens et cadres de plus de 50 ans à devenir de véritables prestataires de services auprès de multiples entreprises.
Cette démarche nécessite évidemment un certain courage, de vraies aptitudes commerciales et un esprit entrepreneuriat, mais force est de constater que ces situations se multiplient : les seniors partent frapper à la porte des entreprises en leur proposant non pas un contrat de travail administrativement très lourd mais un contrat de prestation de services. Peut-être le gouvernement, plutôt que de brider les auto entrepreneurs, devrait observer quelques exemples de ces seniors qui n’ont pas attendu des incitations pour accomplir de véritables missions de développement, d’audit, de formation au sein de PME ou d’entreprises de taille intermédiaire.
Combien de seniors seraient prêts à se lancer si on leur en donnait les moyens et si  le statut d’entrepreneur individuel était plus avantageux passé un certain âge ? Plutôt que de contraindre, on ferait peut-être mieux de libérer les énergies, nombreuses, qui émanent des seniors…

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