Le langage n'est pas important, il est à la base de tout

Les grands leaders se servent du langage exactement comme les artistes se servent de l’argile : pour modeler, découvrir, créer, former. Le mot « langage » décrit non seulement une conversation riche, mais une communication telle qu’exprimée par le dialogue, le récit, la métaphore et les images.

Les grands leaders se servent du langage exactement comme les artistes se servent de l’argile : pour modeler, découvrir, créer, former. Le mot « langage » décrit non seulement une conversation riche, mais une communication telle qu’exprimée par le dialogue, le récit, la métaphore et les images.
Le langage est un moyen de créer du sens. Il modèle ce que les gens voient. Il est la monnaie d’échange du leadership, le carburant du « réseau » et le prisme par lequel l’avenir est filtré.
Peut-être que l’acteur britannique Jeremy Irons est celui qui a le mieux exprimé le pouvoir du langage quand, interrogé sur l’interprétation de Shakespeare, il a répondu : « Le langage est le moteur de l’émotion. »
La magie du langage réside dans le fait qu’il génère des images et que ces images, à leur tour, engendrent des comportements. Qui dit nouveau langage, dit nouveau comportement. Qui dit en revanche le même langage, dit comportement identique !
La plupart des leaders comprennent les écueils associés à des mots comme « essayer3 »(qui renferme intrinsèquement l’autorisation d’échec), « mais »(ignorez tout ce qu’il y a avant ce « mais » et vous saurez la vérité vraie) et « pourquoi »(utilisé pour démarrer une question, il a tendance à générer une attitude défensive). De la même manière, «devrait » et « pourrait » ne sont rien d’autre qu’une manière d’exprimer « je ne compte pas le faire »connaitre ces écueils est un bon début mais ne révèle en rien le véritable pouvoir du langage.

Si vous prenez l’avion dans les prochains jours et que le pilote vous annonce « Merci d’avoir choisi Air ABC, nous allons essayer d’atteindre . . . . », il est peut-être urgent de changer d’avion.

Par exemple, de nombreuses organisations utilisent dans le cadre de leur processus d’évaluation de la performance une évaluation (notation) qui permet au collaborateur de savoir ou il se situe. Malheureusement, l’équipe rémunération a infiltré il y a trente ans ce processus et le retient toujours en captivité. Autrement dit, pour repartir les augmentations de salaires, les évaluations individuelles sont passées à la moulinette d’une courbe de répartition normative. Si 10 % des employés ont constamment l’air sur l’eau, 10 % ont du mal à maintenir la tête hors de l’eau et les 80 % restants s’entendent dire qu’ils sont dans la moyenne, compétents, qu’ils répondent aux attentes, ou tout autre terme qui les place en situation de faiblesse.
Rapprochons-nous maintenant de la machine à café. Deux employés qui travaillent ensemble viennent d’avoir leur entretien d’évaluation. Le premier demande au second : « Comment ça s’est passé, toi ? ». Le second : »Dans la moyenne, encore une fois ». Le premier répond : « Moi aussi. » Si vous faites bien attention, vous devriez pouvoir distinguer l’esprit même de l’organisation aspiré vers les abymes.
 
Coacher est un privilège. On peut dire sans crainte de nous contredire qu’il est impossible de coacher quelqu’un pour qu’il se place « plus dans la moyenne ». Par ailleurs, le langage de la médiocrité appelle justement la médiocrité. Le langage du choix suggère au contraire de dire aux 80% restants qu’ils font du bon travail. Comme le rappelle Vince Lombardi, « Traitez les gens comme des champions et ils se comporteront comme des champions. »
Prenons un tout autre exemple. La vente de voitures d’occasion est très révélatrice de la relation entre le langage et l’émotion. Il n’y a pas si longtemps, celles-ci étaient universellement désignées sous l’appellation de voitures usagées. Autrement dit, bonnes pour la poubelle.
L’image du vendeur de voitures usagées (il faut que ce soit un homme pour que l’image fonctionne comme il faut) se faufilant dans la cour du garage pour littéralement « serrer puis avaler » le pauvre petit client est difficile à oublier. De ce fait, la réputation de ces vendeurs était telle qu’aucun ne se présentait jamais à quelqu’un en déclarant « bonjour, je vends des voitures usagées. » Au mieux, « je suis dans le commercial » était la réponse la plus approchante propre à lever le voile opaque qui séparait sa vie privée du mystère entourant son activité professionnelle.
La marque de fer rouge « usagées » a cédé la place à « deuxième main », même s’il s’agissait rarement d’une deuxième main. L’image du véhicule conduit par une gentille vieille dame uniquement pour se rendre à l’église tous les dimanches était une légende urbaine à laquelle très peu, pour ne pas dire personne, adhérait réellement.
Puis est venu le terme « occasion ». Une bonne occasion, porteuse de soin, d’attention. L’offre passait ainsi de « poubelle » à « occasion ». Dans certaines régions (en Australie par exemple), les occasions ont même cédé la place à des voitures « déjà aimées ». Je vous laisse deviner la prochaine étape.
Conclusion, si vous lisez une annonce dans le journal, est-ce que vous préférez une voiture usagée ou une voiture déjà aimée ? C’est exactement la même voiture. Seule la formulation, et donc le langage diffèrent.

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