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 TRIBUNE 
PAR FREDERIC CAVAZZA
Web 2.0 : la révolution par les usages
Concept marketing ronflant pour certains, terme vague pour d'autres, le Web 2.0 souffre d'un déficit d'explications sur ce qu'il peut apporter.  (19/12/2005)
 
Consultant chez SQLI Agency et bloggeur sur www.fredcavazza.net
 
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Web 2.0, un terme à la mode mais qui ne fait pas l'unanimité. A l'origine du terme : Tim O'Reilly. Dans son article fondateur (What is Web 2.0), il redéfinit l'Internet non plus comme un média (où les sites Web sont autant d'îlots d'informations isolées) mais comme une plate-forme : un socle d'échanges entre les utilisateurs (l'auteur parle d'intelligence collective) et les services ou les applications en ligne.

Précisons que nous parlons bien ici de l'Internet que nous connaissons tous, mais auquel on aurait rajouté une dimension collaborative, où un certain nombre de concepts novateurs que nous détaillerons dans cet article (blogs, wiki, tags, réseaux sociaux...) viennent progressivement enrichir des services existants pour former un tout révolutionnaire, dans une logique d'évolution permanente.

La fin de l'Internet tel que nous le connaissons
Voilà près de 10 ans que l'Internet que nous connaissons est apparu. En 10 ans, que s'est-il passé ? Pas grand chose ! Tout au plus les technologies sur lesquelles est fondé l'Internet (HTML, javascript, CSS...) ont-elles légèrement évolué vers un cadre mieux défini, plus ouvert et plus standard.

Internet et les services en ligne sont entrés dans une phase de maturation. A l'heure où les quatre piliers du Web (Google, Yahoo!, Amazon, eBay) se livrent à une course à l'innovation, il devient urgent pour un site ou un service en ligne de se remettre en question et d'apporter une expérience différenciante. Car si le niveau qualitatif des sites a globalement augmenté ces dernières années, il devient de plus en plus difficile de sortir du lot et de fidéliser les visiteurs. Dans ce cadre, les concepts liés au Web 2.0 peuvent apporter des éléments de réponse.

 
"Une participation plus forte des internautes"
 

Le phénomène des blogs - 70 millions dans le monde et plus de 3 millions en France - nous montre à quel point les internautes ont soif de prise de parole et de reconnaissance. Au-delà de l'aspect grisant de disposer de son propre espace d'expression, la mise à contribution des internautes ne date pas d'hier : les sites d'opinions ont ainsi fondé leur modèle économique sur la capacité des visiteurs à se transformer en contributeurs.

De même, les wikis connaissent également une forte croissance. Wikipedia, l'encyclopédie en ligne collaborative, en est la figure emblématique. Tellement emblématique qu'elle en devient la cible de critiques organisées. Qu'à cela ne tienne, de nombreuses déclinaisons existent déjà : WikiNews, WikiBooks, WikiTravel et même YelloWikis (les pages jaunes en version collaborative).

Bien évidemment le principe des pages personnelles n'est pas nouveau, mais les récentes évolutions technologiques et ergonomiques des outils mis à la disposition des utilisateurs ont permis une adoption beaucoup plus large et surtout une circulation de l'information beaucoup plus fluide à l'aide des mécanisme de syndication et du RSS.

Des utilisateurs qui partagent plus
Alain Lefebvre en parle dans son dernier livre : les réseaux sociaux sont le pivot du Web 2.0. LinkedIn, Viaduc, 6nergies, OpenBC... tous ces noms sont l'avenir du réseautage professionnel (Networking en anglais). Tous ces services vous proposent de créer une fiche d'identité en ligne qui va vous permettre de trouver des contacts et de construire un réseau de relations en quelques clics.

A l'heure où nos messageries croulent sous les spams et où les pratiques de phishing sont de plus en plus ingénieuses, les réseaux sociaux seraient bientôt notre seule protection efficace contre les tentatives d'intrusion. On envisage ainsi un avenir proche où il faudra faire partie d'un cercle de connaissances pour pouvoir solliciter et être sollicité (e-mail, messagerie instantanée, SMS et même sites Web à visiter).

 
"Cela ressemble à de la science fiction
et pourtant, ce n'en est pas"
 

Cela ressemble à de la science fiction et pourtant, ce n'en est pas. Certains ont déjà fait le pari du surf social (ne visiter que les sites Web et sources d'informations que les membres de votre réseau cautionnent) à l'image de Rollyo ou de Yahoo! (avec son service Yahoo! My Web 2.0).

Les réseaux sociaux trouvent également d'autres domaines d'application comme les ressources humaines où les sites de recrutement reposant sur le principe de cooptation commencent à voir le jour : Jobster aux Etats-Unis ou encore Cooptin lancé récemment par Keljob.

Mais la collaboration entre utilisateurs peut prendre d'autres formes. Les folksonomies en sont un bon exemple avec des services aux noms étranges comme del.icio.us ou FlickR. Derrière ce terme barbare se cache un système de classification basé sur des mots-clés collectifs (ou tags). Le principe est simple : ce sont les utilisateurs qui organisent leur contenu (photos, liste de liens, musique...) en appliquant à chacun des éléments un ou plusieurs tags. Ces tags sont ensuite mis en commun et les plus pertinents ressortent statistiquement du lot. Il s'agit en quelque sorte d'une forme de classement empirique qui repose sur l'appréciation de chacun.

La prochaine étape pour tous ces services collaboratifs sera la gestion de la réputation en ligne. Ainsi, la recommandation d'un article, d'un produit, d'un site Web, d'un candidat ou même d'un programme TV aura d'autant plus d'impact que la personne qui en est à l'origine a un fort indice de confiance. Ce principe est déjà appliqué par les sites de CtoC (eBay, 2XMoinsCher...) et devrait bientôt se généraliser à d'autres domaines. Mais le vrai défi consistera en une gestion unifiée de la réputation par un organisme tiers indépendant. Les différents services en ligne viendraient ensuite solliciter cet organisme pour authentifier la réputation d'une personne.

 
"Des services qui communiquent
mieux entre eux"
 

L'avènement de XML et des API donnent un second souffle aux Web services. Le principe d'encapsulation est maintenant devenu réalité : un service qui en utilise un autre en toute transparence pour l'utilisateur final. Google Maps est l'exemple emblématique de cette tendance : à partir de ce service de cartographie, une multitude de services dérivés ont pu voir le jour : localisation d'un bien immobilier (HousingMaps.com), statistiques de criminologie dans la ville de Chicago (ChicagoCrime.org) et même jeu de Risk (Google Maps Risk) ! Les combinaisons sont illimitées au bénéfice de l'utilisateur.

Les portails personnels sont également une application particulièrement pertinente des API. Ainsi, des sites comme Google Personalized Home, Netvibes ou encore Windows Live de Microsoft peuvent intégrer les services des autres. L'avantage pour les utilisateurs est immédiat : disposer d'un guichet unique pour consulter différents services (webmail, météo, fils d'information...).

Les apports concrets du Web 2.0
"Gadget", c'est le terme qui vient tout de suite à l'esprit quand on évoque le Web 2.0. Et pourtant, les apports concrets des innovations que l'on vient d'évoquer sont bien réels et trouvent notamment leur place dans deux domaines : les applications en ligne et le e-commerce collaboratif.

Une montée en puissance des applications en ligne
Microsoft a bien senti le renversement de situation en cours avec son ambitieux programme Office Live : l'avenir n'est plus aux applications autonomes installées sur le poste des utilisateurs mais plutôt aux applications en ligne qui seront facturées à la demande. La question se pose en effet : pourquoi investir dans l'achat de licences et engendrer des frais de déploiement alors que l'on peut proposer des services en ligne presque équivalents ?

Encore une fois, le principe d'ASP (Application Services Provider) existe depuis longtemps mais les services en ligne lancés en 2005 sont très impressionnants et ouvrent de nouvelles perspectives :
" Suite bureautique : ThinkFree, gOFFICE ;
" Traitement de texte : Writely, Rallypoint ;
" Tableur : Num Sum, Jotspot Tracker ;
" Création de diagrammes : Gliffy ;
" Client email : Zimbra, Laszlo Mail ;
" Gestion de calendrier : CalendarHub, Kiko ;
" Gestion de projet : BaseCamp, CentralDesktop.

Même si se posent les questions de la performance et de la confidentialité, ces différents services en ligne se révèlent être des substituts très efficaces pour l'utilisateur moyen d'une suite bureautique qui exploite à peine 20% des fonctionnalités proposées.

 
"Le e-commerce collaboratif"
 

Le site de vente de T-shirts LaFraise.com a été un pionnier du e-commerce collaboratif : les visiteurs publient des visuels qui sont notés par les internautes et si les créations atteignent un score suffisant, des T-shirts sont imprimés et vendus. Dans cette belle histoire, tout le monde est gagnant : l'auteur du visuel est rémunéré pour son travail, les internautes choisissent eux-mêmes les T-shirts qui leur plaisent et le patron n'imprime que les T-shirts qu'il est sûr de vendre.

Révolution ? Pas réellement, le concept d'auto-marketing existe depuis longtemps, mais l'Internet y a apporté la touche de réactivité et la masse critique d'acheteurs potentiels pour rendre ce concept viable.

Notre façon d'aborder le commerce en ligne risque d'être fortement chamboulée par les concepts du Web 2.0. Ainsi, les géants Amazon et Yahoo! sont en train d'expérimenter la dimension collaborative.

Amazon, déjà connu pour les commentaires de ces produits, pour son mécanisme de filtrage collaboratif ("Les internautes ayant acheté... ont également acheté...") et pour ses listes thématiques (Listmania) cherche à renforcer sa politique de sollicitation des internautes en leur permettant de publier leurs propres photos ou manuels d'utilisation, de compléter la description d'un produit à l'aide du ProductWiki, ou encore d'ouvrir des débats avec les Customer Discussions.

Dans le même ordre d'idées, Yahoo! Shopping vient de lancer sa boutique collaborative : la Shoposphere. Les utilisateurs de cette communauté d'achat sont invités à créer des listes de souhaits qui peuvent être commentées et notées par les visiteurs, y placer des produits qui seront classés selon un système de tags. Le service propose également un flux RSS pour suivre les nouveautés de ces listes de même qu'une API pour les encapsuler dans un autre site.

 
"Une ère nouvelle où les utilisateurs sont contributeurs et bénéficiaires"
 

Cette communauté d'achat repose sur le principe du commissionnement : les contributeurs sont rémunérés en fonction des ventes en ligne réalisées à partir de leur liste de produits. Deux nouveaux acteurs se sont également positionnés sur ce créneau : Zlio qui permet de créer des listes d'achat sous forme de blogs et Squidoo qui propose une approche davantage fondée sur les centres d'intérêt que sur la seule activité marchande.
Le Web 2.0 et vous

La promesse du Web 2.0 est donc d'ouvrir une ère nouvelle où les utilisateurs sont à la fois les contributeurs et les bénéficiaires. Nous quittons donc l'ère de l'interaction bidirectionnelle (site Web <-> utilisateur) pour entrer dans celle de la collaboration et de l'intelligence collective. Un nouveau départ où une multitude de nouveaux usages et de nouvelles applications sont encore à trouver.

Votre site Web, boutique en ligne ou intranet peut aussi bénéficier de ces innovations. Il vous suffit de vous extraire des schémas de conception traditionnels et d'essayer de réinventer vos services en ligne. Vous pouvez pour cela puiser votre inspiration dans les nombreuses initiatives citées dans cet article. Certaines de ces expérimentations ne passeront pas l'hiver mais elles auront au moins eu le mérite de contribuer à l'aventure. Dans tout ce foisonnement de tendances, il y a forcément des idées gagnantes pour vous.


Frédéric Cavazza
 
 

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