LoRa va-t-il battre Sigfox dans la course aux réseaux pour objets connectés ?

Partis après Sigfox, les adeptes de la technologie LoRa, dont Orange et Bouygues Telecom, mettent les bouchées doubles pour couvrir le territoire. Ils jouent aussi sur les atouts et les performances de ce standard ouvert.

Le monde devrait compter 20,8 milliards d'objets connectés en 2020, selon le cabinet d'études Gartner. Pour communiquer, ces objets n'empruntent par les réseaux cellulaires GSM, mais des infrastructures bas débit moins énergivores spécialement conçues pour eux. Ce sont les réseaux LPWAN (Low Power Wide Area Networks) ou réseaux étendus à longue portée puisqu'ils ont une bande de fréquences (800-900 MHz) de portée plus grande que celles des réseaux 2G/3G/4G.

La technologie LoRa est portée par la LoRa Alliance

Sur ce terrain, deux technologies s'opposent. Celle de Sigfox qui a déjà couvert le territoire national avec quelque 1 500 antennes et se déploie sur dix-neuf autres pays. La start-up française a levé 127,5 millions d'euros en quatre tours de table et revendique 7 millions d'objets connectés. Face à elle, la technologie LoRa (pour Long Range) est, elle, aussi d'origine française. Elle est née du rachat de la start-up grenobloise Cycléo par le fabricant américain de semi-conducteurs Semtech.

LoRa est aujourd'hui portée par la LoRa Alliance. Une organisation réunissant 330 industriels qui travaillent sur tous les aspects de cette technologie : le réseau, la puce, la couche logicielle, les terminaux. Au sein cette alliance, on trouve notamment Samsung, Tata Communications ou China Telecom. En France, Orange, Bouygues Telecom, La Poste, Qiwisio ou Archos déploient chacun un réseau LoRa.

La France couverte par Bouygues Telecom d'ici fin 2016

Deux opérateurs télécoms français se sont lancés dans une course de vitesse. Orange couvre 17 agglomérations en s'adossant à LoRa. Il indique "vouloir poursuivre le déploiement de ce réseau selon les besoins de ses clients entreprises". Le groupe regarde aussi de près les évolutions de la 5G qui doit répondre aux exigences de l'Internet des Objets (IoT).

Bouygues Telecom couvre, lui, avec plus de mille antennes LoRa 32 agglomérations, ce qui lui permet de toucher potentiellement 50% de la population hexagonale. Avec pour objectif d'achever le maillage du territoire d'ici la fin de l'année par la pose de 4 000 antennes. Le rapprochement avorté entre Bouygues Telecom et Orange aurait permis de mutualiser les investissements.

Évolution de la couverture du réseau LoRa de Bouygues Telecom en France.  © Capture JDN

LoRa, un standard ouvert, naturellement bidirectionnel et crypté

LoRa a quelques arguments à faire valoir. Alors que Sigfox se positionne avant tout sur les capteurs industriels limitant sciemment la taille des messages à 12 bytes avec un maximum de 140 messages par jour, cette technologie autorise des messages plus importants (50 kbytes). Elle offre aussi d'avantage de bidirectionnalité, le débit descendant permettant des mises à jour logicielle ou de déclencher une action comme couper un compteur suite à une alerte. Par ailleurs, les messages LoRa sont nativement chiffrés. Le cryptage est aussi possible chez Sigfox mais c'est à l'entreprise cliente de le décider.

LoRa serait aussi plus performante en termes de pénétration "indoor" (c'est-à-dire à l'intérieur des bâtiments) et même "deep indoor". " Nous avons densifié les antennes à Paris pour remonter les données de compteurs enterrés à 3 mètres en sous-sol", souligne Stéphane Allaire, PDG d'Objenious, filiale Bouygues Telecom dédiée à l'IoT.

Stéphane Allaire est PDG d'Objenious. © Hervé Haubold

Autre atout de LoRa : la réversibilité. Cette technologie reposant sur un standard ouvert, une entreprise peut passer d'un réseau LoRa à l'autre, d'Orange à Bouygues Telecom ou vice-versa. En vue de favoriser l'interopérabilité entre ces réseaux, des accords se font, aussi, jour parmi les 40 opérateurs de l'alliance LoRa. Objenious a ainsi contracté un accord de roaming avec Cnet aux Etats-Unis.

Côté tarifs, Objnious propose un abonnement qui va de 1 euro par mois à 1 euro par an en fonction du nombre d'objets et de messages. La société propose, en plus, une prestation de data visualisation. Quant à Sigfox, il est très discret sur les questions des prix. Chez lui, l'abonnement oscillerait, selon les forums de discussions, entre 1 et 9 euros par an.

Parti premier, Sigfox propose une couverture unique

Sigfox a aussi des atouts pour lui. Parti en avance, il permet déjà des déploiements à échelle européenne. "Une entreprise cliente n'a qu'un seul interlocuteur chez Sigfox, elle n'a pas à négocier pays par pays", observe Cyril Masson, dirigeant de CM Consulting, qui dans une tribune a dressé un comparatif entre Sigfox et LoRa.

Parmi ses actionnaires, Sigfox compte Bpifrance mais aussi des industriels comme Air Liquide et Engie. Ce qui peut être un atout comme un inconvénient. "Ces investisseurs vont pousser le développement mais ils attendent aussi un ROI", analyse Cyril Masson. "Et si une belle offre se présente, Sigfox pourrait être racheté dans les 12 ou 24 mois."

Sigfox : la future licorne française ?

Annoncée comme la future licorne française, donc valorisée plus d'un milliard d'euros, la société serait, d'après Cyril Masson, surévaluée compte-tenu de son chiffre d'affaires qui était, selon la dernière publication publique de 3,27 millions d'euros en 2014. Le chiffres d'affaires de Sigfox a certainement grimpé depuis avec des projets d'envergure - notamment pour la SNCF. Nommée à la présidence de son conseil d'administration de la société, Anne Lauvergeon, ancienne patronne Areva, a dû lui ouvrir son carnet d'adresses dans le monde de l'énergie.

Sigfox continue d'avancer ses pions. Basée à Labège, près de Toulouse, dans l'IoT Valley, la société vient de nouer un partenariat mondial avec Altice (SFR Numericable) pour la revente de ses services. En janvier, Le Figaro lui prêtait aussi l'intention de lever 500 millions d'euros supplémentaires.

De l'e-santé à la logistique, de multiples cas d'utilisation

En face, la concurrence ne s'endort pas. Créée en novembre 2015, Objenious revendique déjà 22 clients dont ERDF, Primagaz ou Petit Forestier. Tous les métiers du groupe Bouygues – le BTP, l'immobilier, l'énergie, les télécoms, les médias – seraient aussi concernés. E-santé, domotique, smart city, traçabilité, logistique, contrôle industriel… Les cas d'usage envisagés seraient extrêmement variés.

Objenious qui emploie 24 collaborateurs a passé des accords pour bâtir son offre. La société s'appuie sur la plate-forme IoT d'Hewlett Packard Enterprise (HPE IoT Platform), pour le stockage, le prétraitement, l'acquisition de données et la visualisation, sur Bull/Atos pour la sécurisation des donnée et Sagemcom pour la partie radio et réseau. Elle réunit aussi autour d'elle des start-up pour valoriser les données collectées. "Des capteurs vont remonter, par exemple, le taux de remplissage de poubelles. Une start-up derrière va travailler à optimiser le parcours de camions bennes", illustre Stéphane Allaire.

Pour éduquer le marché, Objenious a développé avec Sagemcom un objet LoRa générique. Il propose onze indicateurs - vibration, choc, inclinaison, orientation, température… - pour faire des tests. La société propose, aussi, un kit pour les start-up comprenant une plateforme Arduino, une puce LoRa, une antenne, des capteurs et un abonnement d'un an.

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