Petit logiciel deviendra Web… si l’utilisateur lui prête vie !

Les 5 erreurs à éviter pour réussir le passage de Windows au Web. Car il est souvent difficile, quand sa culture applicative s'est forgée à coup de Windows NT et autres Seven, de perdre ses réflexes et de transporter un produit vers un esprit Web.

Depuis près de 15 ans, il est un fait établi qu'une application se doit d'offrir une interface accessible depuis un client Web. Des premières tentatives aux fonctionnalités réduites, jusqu'aux applications exclusivement Web, les concepteurs de logiciels ont vécu les différentes étapes de cette mutation inéluctable.
Les simples pages HTML sont devenues des applications riches et, guidés par le slogan « aussi bien Web que Windows», les programmeurs se sont acharnés à transposer à l’identique les palettes fonctionnelles. Malheureusement, pour aller au plus simple, ils ont souvent fait de même avec les interfaces et l’ergonomie qui les accompagne.

Aujourd’hui, rares sont les applications Web qui ont su s’imposer quand une version Windows est aussi offerte à l’utilisateur. Pour que la mayonnaise prenne, et que le client web prenne le dessus sur l’application Windows, une application doit être suffisamment complète pour être une alternative crédible à son pendant Windows : simple et rapide pour ne pas pénaliser la productivité, Web avec un look de site web et pas un look de message d’erreur Windows.
Mais au-delà de cette évidence, que ce soit pour les programmeurs ou pour les directions informatiques, il est souvent difficile, quand sa culture applicative s'est forgée à coup de Windows NT et autres Seven, de perdre ses réflexes et de transporter un produit vers un esprit Web.
Cette chronique ne prétend pas discuter les modes de développement ni proposer la solution miracle pour une interface efficiente et universelle, mais plutôt mettre en évidence quelques erreurs classiques.
Voici donc 5 des travers dans lesquels sont tombés (et moi le premier) beaucoup de ceux d’entre-nous qui ont tenté le passage de Windows au Web.

1 - Tous les clients web sont égaux !

Evidemment non ! Non seulement, on retrouve des générations différentes, mais l'irruption des Smartphones et des tablettes a encore accru le problème. Les technologies ne sont pas universelles, et certaines sont même volontairement non-supportées par les navigateurs. Avec pour conséquence que des choix évidents à un instant T deviennent absurdes quelques années plus tard. Il ne faut pas sous-estimer le coût des choix techniques, le risque étant de devoir repenser des pans de l’architecture de l’application.

2 - Une page Web s’adapte au terminal

Peut-être, mais l’utilisateur, lui ? Une page sûrement, mais son utilisateur, pas plus que sous Windows : il n’inventera pas ce qu’il ne voit pas, il pourra rester bloqué sur une action parce que celle-ci est située juste un peu plus bas que le pied de son écran, victime d’une barre d’outil imprévue ou d’un terminal écran au format exotique.

3 - L’utilisateur attend la même ergonomie en Web et sous Windows

Faux ! Les plus belles ergonomies de liste contrôlées sous Windows laisseront perplexe le même utilisateur quand elles seront présentées dans un navigateur.  Lorsque clic, clic droit, double clic ne sont pas au menu, les raccourcis les plus efficaces se transforment en piège fatal pour une fonction que l’on n’atteindra jamais.

4 - L'utilisateur maîtrise les concepts de latence et de traitement serveur

Même pas en rêve ! Il peut attendre que la page Web se construise, mais sûrement pas qu’elle redemande un délai à chaque action. Une page Web, même avec tous les Ajax du monde, n'offrira jamais la souplesse de rafraîchissement ni la capacité d'échanges avec le serveur de l’application Windows la plus mal écrite.
Entre dépendre du réseau ou de la puissance de calcul du terminal, le choix est cornélien ! D’autant que l’un comme l’autre peuvent varier d’un facteur de 1 à 100, mais la souplesse d’utilisation de l’application est conditionnée par le bon dosage de ces deux variables.

5 - Le Web a aussi changé les utilisateurs

Oui et non ! Les utilisateurs acceptent maintenant plus de variété dans les interfaces, mais sûrement pas plus de complexité : une application Web doit se passer de documentation, les séquences d'action doivent être simples et intuitives. La divination n’est pas un don nécessaire pour utiliser un logiciel, les assistants seront vos sauveurs : le web doit dire "je te montrerai B quand tu auras saisi correctement A". Il n’y a rien de plus frustrant que ces formulaires sans fin qui finissent sur « un champ obligatoire est invalide » après un insoutenable suspens.
Au final, n’attendez pas de votre application Web une durée de vie éternelle : elle durera probablement moins longtemps que son alter ego Windows, sans pour autant avoir réduit son coût de conception. Mais même dans ces conditions, une application Web mérite sa propre identité car, une fois acceptée, elle est la seule à pouvoir multiplier son audience de façon exponentielle.

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