Marten Mickos (Sun-MySQL) Marten Mickos (Sun-MySQL) : "Nous aurons une confrontation entre les bases de données Open Source et propriétaires"

En visite en France pour rencontrer les équipes et les clients de Sun et MySQL, l'ancien patron de MySQL s'exprime sur le rachat de son entreprise, et ses nouveaux objectifs.

Suite à l'acquisition de MySQL par Sun Microsystems, quel va être le processus d'intégration des produits et des services de MySQL au catalogue de Sun ?

Il y a une feuille de route concernant l'intégration de MySQL à Sun, mais ce n'est pas la première des priorités pour nous. Notre priorité est de continuer à construire notre business comme nous l'avons toujours fait. Notre seconde priorité est d'améliorer la performance et la capacité de montée en charge de MySQL avec l'aide de Sun. Notre troisième priorité enfin est d'intégrer les produits.

Micael Carney, de MySQL France, nous expliquait en février dernier que le marché français était très spécifique comparativement aux autres pays, et ce notamment à cause de l'importance des clients des banques et de la finance en France. Le rachat par Sun va-t-il modifier la stratégie de My SQL sur les marchés locaux ?

En fait, nous allons continuer ce que nous avons fait, avec les mêmes clients. Mais nous avons grâce à Sun maintenant de nouvelles opportunités business. Sun nous apporte un potentiel de clients qui jusqu'à présent étaient effrayés à l'idée d'acheter nos produits.

Effrayés ?

Oui, effrayés parce que nous étions trop petit, nous étions aussi une entreprise suédoise, et pour être clair ils avaient du mal à nous faire confiance. Et nous avons pourtant un des meilleurs service client et des clients importants comme Alcatel, Nokia.

Mais certains clients continuaient à dire "oui mais". Maintenant que nous faisons parti de Sun, ils viennent tous vers nous. Donc nous pouvons désormais toucher des entreprises plus classiques, plus conservatrices que celles que nous avions par le passé dans notre portefeuille.

Tout ceci est en train de changer, mais en terme de ventes, les choses ne vont pas bouger pour nous. Micael Carney ici en France va rester en poste, et pour discuter avec les clients, vous avez besoin de rester très centré sur les bases de données. Vous ne pouvez pas avoir des personnes qui ne connaissent rien aux bases de données et qui en vendent.

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"Nous avons défini 5 marchés sur lesquels nous souhaitons nous investir." © Marie Bruggeman / Journal du Net

Allez-vous vous focaliser sur un marché spécifique ?

Nous avons défini 5 marchés sur lesquels nous souhaitons nous investir. Le premier est le marché du Web, qui est assez traditionnel pour nous. Le second est le SaaS et les services hébergés.

Ensuite, nous visons un marché que nous appelons Enterprise 2.0. Nous proposons ici des applications Web à destination des utilisateurs finaux. Le quatrième marché que nous souhaitons adresser est celui des télécoms pour lequel nous avons un produit spécifique pour les réseaux mobiles. Alcatel est client, ainsi que Nokia, Siemens et Nortel. Enfin, le marché OEM (ndlr. Original Equipment Manufacturer), où MySQL est utilisé dans d'autres produits, avec Cisco ou encore EDS.

Donc vous maintenez votre modèle économique basé plus sur les produits que les services ?

 

Nous ne fournissons que très peu de services. La plupart de nos clients savent ce qu'ils font avec notre produit. Pour les projets de défense qui impliquent un haut niveau de confidentialité, comme avec EDS, nous fournissons juste des copies et les clients ne souhaitent même pas s'exprimer sur la destination de l'outil.

Il est vrai cependant qu'avec la croissance du marché, je pense qu'il y aura de plus en plus de service de consulting. Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas. En fait tout dépend des besoins du client. Chez Google, ont-ils besoin de services de consulting ? Non. Facebook ? Oui, ils ont besoin, Twitter ? Oui, aussi. Nokia ? Juste un peu ? Alcatel ? Non. En fait, c'est très variable.

Faisons un petit retour en arrière. Comment s'est passé le processus de vente ?

Ca a été très rapide. Nous avions décidé de nous mettre en vente et tout le process était prêt.

Puis Sun s'est présenté. Et la raison pour laquelle nous avons engagé une discussion avec Sun est que nous avions depuis toujours perçu que Sun avait la même vision du monde que nous. La seconde raison c'est que Sun à une culture d'entreprise très positive. Ils sont bons avec le personnel, ils ont des cadres compétents. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes engagés dans la discussion. De plus, ils ont offert un bon prix pour l'entreprise.

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"Oui, nous avions prévu de mettre sur le marché des plugins propriétaires avant l'acquisition par Sun." © Marie Bruggeman / Journal du Net

Aviez-vous prévu de mettre sur le marché des plugins commerciaux avant d'être racheté ?

Oui, nous avions prévu de mettre sur le marché des plugins propriétaires avant l'acquisition par Sun.

Pourquoi avoir choisi d'opter pour ce type de commercialisation ?

Nous avions prévu de le faire pour gagner de l'argent, tout simplement.

Que pensez vous de la réaction de la communauté sur ce sujet ?

La manière dont l'annonce a été faite a été totalement mauvaise et j'en suis responsable. Par ailleurs, la première personne qui a blogué sur le sujet l'a fait de manière incorrecte. Pour tout vous dire, c'est un ancien employé de MySQL, et il se plaint constamment.

Donc les gens ont mal compris, et j'ai envoyé une correction qui n'a été publiée que le lendemain. Pendant ce temps là, d'autres blogs ont relayé l'information, et l'ont amplifié.

Toutes les entreprises Open Source ont des plugins commerciaux. Mais nos utilisateurs sont si passionnés, qu'ils souhaitent que nous ayons les standards les plus élevés en terme d'Open Source. Et ils nous demandent des choses qu'ils n'osent demander à personne d'autre sur ce terrain.

Donc vous êtes revenus sur la décision ?

Oui, nous sommes revenus sur la décision, nous les avons écoutés. Nous avons décidé d'être gentils, d'écouter la communauté. Mais nous publieront à nouveau des plugins commerciaux dans le futur. Vous savez, nous voulons faire de l'argent. Nous savons que l'Open Source est une des meilleures façons de développer des logiciels, mais ce n'est pas la meilleure des façons de faire de l'argent.

Sur ce point, comment allez-vous décider quel plugin sera commercial et quel plugin sera publié avec une licence Open Source ?

C'est une question difficile. C'est pourquoi nous avons des personnes qui doivent prendre des décisions dans l'entreprise. Et c'est moi qui vais prendre ces décisions. Les plugins payants seront des plugins que les clients pourront utiliser dans le cadre de leur production. Ce seront des addons qui seront ciblés en fonction de ce que les clients achètent.

En revanche, ce dont a besoin la communauté, nous le lui fournirons toujours avec une licence Open Source. En fait, nous allons commercialiser des éléments dont la communauté n'a pas vraiment besoin.

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"Nous parlons de la communauté, mais en réalité, il y a beaucoup de communautés différentes". © Marie Bruggeman / Journal du Net

Comment MySQL travaille avec la communauté ?

Tout d'abord, nous parlons de la communauté, mais en réalité, il y a beaucoup de communautés différentes. Il y a des utilisateurs, des contributeurs, des power users, il y a des partenaires qui sont constamment en colère, il y a des gens qui ne font que prendre pour leur propre bénéfice ; bref, c'est une combinaison de tout cela.

Et comment mettez vous en place une hiérarchie entre tous ces différents utilisateurs ?

C'est très difficile et c'est un véritable challenge. De fait, chaque décision que je prends met quelqu'un en colère. Mais c'est ma responsabilité de prendre des décisions pour l'entreprise.

Et que pense Sun de toutes ces spécificités propres à MySQL ?

Les personnes clés chez Sun comprennent ces sujets. Nous en parlons et arrivons à des points d'accord à propos de ce qu'il y a lieu de faire. Vous savez, les entreprises ne sont pas toutes les mêmes, et les gens de Sun comprennent cela.

Il est important de savoir que chez MySQL, nous sommes des pionniers dans le domaine de l'Open Source et du business des bases de données. Nous sommes à même de cerner les clients qui sont prêts à payer pour des bases de données efficientes. C'est une qualité que nous développons et que nous possédons. C'est aussi pour cela que Sun s'est intéressé à nous.

En tant que VP pour Sun Microsystems, et responsable du département bases de données, vous travaillez désormais sur MySQL, mais aussi PostgreSQL et Java DB. Comment allez vous gérer cette concurrence interne ?

Nous avons toujours eu chez MySQL l'ambition de travailler avec d'autres acteurs du monde de l'Open Source. Nous avons beaucoup travaillé par exemple avec la communauté Firebird. Mon point de vue est qu'un jour nous aurons une confrontation entre les bases de données Open Source et les bases de données propriétaires. Donc nous avons toujours entretenu de bonnes relations avec les autres produits.

Ceci dit, MySQL est dix fois plus populaire que les autres bases de données Open Source. Donc nous ne nous sentons pas menacés par les autres.

Quand en rejoignant Sun je me suis retrouvé en charge des autres bases de données, je me suis dit que c'était une bonne chose. Sur le marché, nous mettrons en avant le produit MySQL pour toutes les applications Web, mais si un client nous demande du PostgreSQL ou du Java DB, nous sommes à même de lui fournir ce produit.

En fait, il existe désormais en interne dans notre groupe un esprit de compétition positif. Les ingénieurs de MySQL vont voir ce que font ceux de PostgreSQL et ceux de Java DB et cela va créer une émulation.

Mon objectif est de générer un chiffre d'affaires en milliard de dollars. Si une centaine de millions viennent de PostgreSQL et 10 millions viennent de Java DB, et 900 millions de MySQL, cela correspond à ce que j'attends.

Mais qu'allez vous recommander à vos clients sur la partie technique de vos contrats ? MySQL, Java DB, PostgreSQL ?

Nous ne recommandons rien. C'est une des grandes différences de l'Open Source avec le marché classique. C'est un business qui fonctionne en mode pull et pas en mode push. Le consommateur choisit lui-même le produit et nous devons l'éduquer à choisir. Si vous devez choisir une voiture, vous choisissez le modèle, et ce n'est pas le vendeur qui vous fera changer d'avis. Mais si vous ne savez pas choisir, en matière de base de données, nous vous conseillerons MySQL.

 

A lire sur le Journal du Net RH, l'interview de Marten Mickos par notre consoeur Flore Fauconnier. Marten Mickos y aborde les questions de ressources humaines et de management posées par le rachat de MySQL par Sun Microsystems.

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