Comment les startups françaises créent un écosystème favorables aux entrepreneurs

Chaque jour, des start up contribuent à faire de la France un écosystème favorable pour les entreprises, notamment en simplifiant leurs démarches.

La France, un paradis pour les entrepreneurs ? C’est une réflexion audacieuse par les temps qui courent, mais ouvrages et études récents tendent à démontrer que le pays n’est pas si défavorable à l’esprit d’entreprise qu’on voudrait bien le croire. Notamment parce que, chaque jour, des start up travaillent à améliorer la vie des entreprises en simplifiant leurs démarches administratives et juridiques.

L’Hexagone, paradis des entrepreneurs ?

C’est un ouvrage comme on n’en voit pas tous les jours. En début d’année, un professeur de l’Essec, Fabrice Cavarreta, publiait Oui, la France est un paradis pour les entrepreneurs, une remise en cause point par point du "French-bashing" devenu très à la mode ces dernières années, y compris et surtout parmi les entrepreneurs français eux-mêmes. A priori, on peut penser qu’il s’agissait principalement d’envoyer un message d’optimisme à la population des candidats à l’entrepreneuriat, sur le mode "tout va bien, vous pouvez vous lancer dans l’arène", alors que le taureau aiguise ses cornes. Après tout, un politicien n’aurait pas trouvé meilleur titre pour son programme présidentiel : "Oui, la France est un paradis pour les Français".

Or, la thèse de Fabrice Cavarreta est autrement plus subtile et séduisante : l’entrepreneuriat d’opportunité (celui qui cherche à prendre en marche le train de la croissance) trouve en France un écosystème privilégié pour son développement. Même en comparaison avec les Eldorado que sont traditionnellement l’Angleterre ou la Silicon Valley. Certes, ceci est vrai pour les secteurs porteurs, comme la high-tech, l’énergie, l’agroalimentaire, le tourisme ou le luxe. Pour d’autres domaines, plus sinistrés (qui a dit "la culture et les médias" ?), il reste que l’État français a érigé des digues protectrices qui permettent sinon de croître, au moins de survivre en attendant des jours meilleurs. Surtout, les meilleurs garants de cet écosystème sont les entreprises elles-mêmes, qui travaillent chaque jour à améliorer le sort de leurs consœurs.

Récemment, une étude est venue conforter la thèse plutôt iconoclaste de Cavarreta : réalisé par Scorpio Partnership pour BNP Paribas Wealth Management, le rapport  Entrepreneur 2017  classe la France parmi les pays les plus attractifs pour les entrepreneurs, au coude à coude avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les USA et la Chine. L’étude indique qu’ils sont 60 % d’entrepreneurs à pronostiquer des profits en hausse en 2017, notamment dans les secteurs du commerce, des technologies de l’information et des applications connectées. Sur environ 300 chefs d’entreprises interrogés, ils sont seulement 1 % à assuré vouloir vendre leur société. En outre, les entrepreneurs hexagonaux voient dans la France leur marché privilégié, une préférence nationale que l’on retrouve dans la plupart des pays intégrés à l’étude.

Comment expliquer ce goût retrouvé des entrepreneurs français pour l’entrepreneuriat en France ?

Ces start-up qui simplifient le quotidien des entrepreneurs

Une partie de la réponse est à chercher du côté d’un choc de simplification entrepreneurial pris à bras le corps par les entreprises elles-mêmes, à la suite de l’ambition gouvernementale de modifier le visage de l’administration française. Ce choc de simplification vise à simplifier les démarches quotidiennes des entrepreneurs dans les domaines administratif et juridique, afin d’édifier petit à petit un écosystème où les chefs d’entreprises auraient moins à se soucier de ces problématiques et pourraient se concentrer sur ce qu’ils savent faire le mieux : gérer leur activité.

C’est que les entrepreneurs ont trop souvent été freinés (sinon stoppés) par la légendaire lourdeur administrative à la française. Pour répondre à ce défi très concret, des startup se créent chaque jour précisément dans le but de faciliter ces démarches pour les jeunes entrepreneurs comme pour les acteurs depuis longtemps installés.

Une aide dans le domaine juridique…

En 2014, aux USA, apparaissaient des legal start-up, de petites entreprises dont les créateurs se piquaient de vendre des services juridiques aux entreprises, sans nécessairement avoir obtenu des diplômes en droit, en s’associant avec des avocats. Dans la foulée, en France, Lisa Damelet a lancé un incubateur dont le but est de soutenir des projets provenant de ces legal start-up hexagonales ou des avocats eux-mêmes. L’idée étant d’assurer à ces jeunes structures un développement dans le respect des règles juridiques et déontologiques.

Parmi ces startup qui se développent au sein de l’incubateur du barreau de Paris, certaines travaillent à écrire des algorithmes visant à faciliter les démarches juridiques proprement dites. Générer des documents automatiquement avec des statuts types, produire des modèles d’accords de confidentialité… À l’avenir, ces démarches pourraient être presque entièrement automatisées, gérées par des robots pilotés de loin par des startup innovantes, et offrant l’opportunité aux entreprises de se décharger d’un poids particulièrement pesant. Certaines de ces nouveautés existent déjà : CaptainContrat se propose de faire rédiger les documents juridiques et administratifs (statuts, contrats de travail) par des avocats. Tandis que Legalstart veut optimiser l’accès des entreprises à tous les domaines du droit.

… comme pour les démarches administratives

Ces startup prodiguent aux entrepreneurs un luxe qu’ils ne peuvent pas s’offrir, même avec tout le bagout du monde : du temps. Y compris dans le domaine administratif, dont la simple évocation peut donner des boutons au chef d’entreprise le plus placide. Sur Lelégaliste.fr, par exemple, il est possible d’effectuer un dépôt d’annonce légale en quelques clics, sans avoir à réaliser toutes les démarches nécessaires qui transforment habituellement cette phase a priori simple (trouver un journal d’annonces légales et déposer sa création ou son changement de statut) en parcours chronophage. La question très complexe de l’annonce légale, obligatoire à chaque marche de l’escalier qui mène au développement de l’entreprise, est peut-être un détail pour la plupart des gens – mais pour les entrepreneurs qui bénéficient là d’un gain de temps crucial et d’une importante sécurité juridique (le dépôt d’annonce légale en ligne est minutieusement protégé), ça veut dire beaucoup.

Ces changements ne vont pas sans heurts – les domaines de l’administration et du droit ont longtemps été des prés carrés interdits d’accès à quiconque ne faisait pas partie de la famille – mais ils contribuent au développement d’un écosystème qui ressemble à celui décrit par Fabrice Cavarreta dans son livre : favorable et accueillant pour les entrepreneurs, et dédié à favoriser l’esprit d’initiative au sein d’un pays où la plupart des médias persistent à dire que plus personne n’y croit vraiment.

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