Cloud : comment Google compte défier Amazon

12 datacenters supplémentaires, recrutements, nouveaux services, guerre des prix…. Le géant IT américain multiplie les annonces pour booster sa Google Cloud Platform.

C'est un paradoxe. Alors que l'histoire du cloud se confond intimement avec la sienne, Google ne domine pas le marché de la fourniture de services cloud. Loin de là. Selon Synergy Research Group, Google se classait, au quatrième trimestre 2015, en 4ème position sur ce segment, ex-aequo avec Salesforce, avec 4% de parts de marché... loin derrière Amazon Web Services (31%), Microsoft Azure (9%) et IBM SoftLayer (7%). "Amazon et Google ne sont toutefois pas partis sur la même ligne de départ", tempère Louis Naugès, PDG du cabinet Dhasel Innovation. "AWS fête ses dix ans alors que Google a annoncé la commercialisation de sa plateforme en 2012. Et puis que range-t-on derrière ces chiffres ? Face aux tenants du cloud public que sont Google et Amazon, quelle est la part de cloud privé générée par Microsoft et IBM ?"

Toujours est-il que Google compte bien redresser la barre. Le géant américain a multiplié les annonces sur ce terrain ces derniers mois. En novembre dernier, il confiait la direction de son activité cloud (qui recouvre Google for Work, Google Apps et Cloud Plateform) à Diane Greene. A charge pour la cofondatrice de VMware d'homogénéiser et de dynamiser les ventes en mettant notamment l'accent sur les offres d'entreprise.

Douze nouveaux datacenters ouverts d'ici 2017

Google a annoncé vouloir multiplier par quatre le nombre d'implantations de ses datacenters destinés à son offre cloud. © Google

Vice-président des infrastructures du groupe, Urs Hölzle estimait récemment que le chiffre d'affaires de Google Cloud Platform (GCP) pourrait dépasser celui tiré de la publicité ! Une déclaration offensive alors qu'AWS pourrait être filialisé voire introduit en Bourse.

En tous les cas, Google se donne les moyens de ses ambitions. D'ici 2017, il va ouvrir pas moins de douze datacenters. Les zones d'implantation de deux sont déjà connues : l'Oregon et Tokyo. Avec ces nouveaux sites, Google Cloud Platform (GCP) multipliera par quatre le nombre de ses sites.

Le tout sur fond de guerre des prix. Dans un billet de blog, Miles Ward, responsable de l'offre Google Cloud Platform, avance, tableau à l'appui, que les services de calcul de Google sont de 15 à 41% moins chers que ceux d'AWS.

Une offre packagée pour le machine learning

Dans cette stratégie de reconquête, il s'agit aussi pour Google de mettre en valeur son offre, parfois méconnue. Si ses services sont moins nombreux qu'AWS, ils couvrent tout le spectre du cloud d'infrastructure (IaaS) et de plateforme (PaaS) : le développement (Compute Engine, App Engine…), le stockage (Bigtable, Datastore…), le réseau (Load Balancing, Dataflow…) ou le Big Data (BigQuery, Dataflow…).

Un focus est fait sur le machine learning. Google peut se targuer d'une expertise sur le sujet. Il peut capitaliser sur Brain, le projet de recherche sur le Deep Learning, ou la victoire médiatique d'AlphaGo sur le meilleur jouer de go du monde. "1 500 projets internes font appel au machine learning", rappelle Christophe Baroux, responsable de Google Cloud Platform pour la zone SEMEA.

Lors de la conférence CGP Next 16 en mars, Google a lancé (en bêta) Cloud Machine Learning en réponse aux offres concurrentes que sont Azure Machine Learning et Amazon Machine Learning, lancées en 2014 et 2015. Baptisée TensorFlow, la technologie maison mise en open source permet de construire des modèles d'analyse prédictive.

Les entreprises clientes peuvent aussi utiliser des API basées sur des technologies déjà rodées par Google pour ses applications grand public (Gmail, Google Photos…). Des interfaces qui permettent de réaliser plusieurs type de traitement : recherche d'images, reconnaissance vocale, traduction automatique, gestion de réponses automatisées...

Se focaliser sur le machine learning est un très bon choix selon Louis Naugès. "La prochaine décennie sera celle du machine learning. Or, aucune entreprise au monde ne pourra en faire en interne, sans la puissance de calcul du cloud. Le machine learning sera le cheval de Troie de Google pour proposer d'autres services", estime l'expert.

Kubernetes, la rampe de lancement pour le multicloud

A l'instar de Microsoft Azure, AWS, Salesforce et IBM Bluemix, Google Cloud Platform pourrait mettre davantage en avant son offre dédiée à l'internet des objets, moins pour l'heure "marketée" que celle de ses concurrents.

L'une des expertises de Google : les containers

Une autre expertise que Google peut faire valoir, c'est sa gestion des containers virtuels de type Docker. Kubernetes, son outil d'orchestration maison, permet de déployer des containers sur un ensemble de machines virtuelles et de surveiller leur bon fonctionnement. Open source, Kubernetes fonctionne sur Azure ou Rackspace. Ce qui ouvre la voie aux projets multicloud.

Côté administration et paramétrages, Google a annoncé, à la même conférence CGP Next 16, le lancement d'un service de monitoring des applications baptisé Starckdriver, un enrichissement de la gestion des identités (ou IAM, pour Identity Access Management) et la possibilité laissée à une organisation d'utiliser ses propres clés de chiffrement (via Customer Supplied Encryption Keys).

Un déficit de notoriété chez les entreprises

Pour Louis Naugès, le problème de Google Cloud Platform, ce n'est pas tant la qualité de services ou le retour de ses entreprises clientes (qu'il qualifie de "très bon") que son déficit d'image. "Google a du mal à convaincre, notamment les grands comptes. Il a un déficit d'image", estime le consultant. "Cela ne suffit pas d'avoir d'excellents produits pour que les clients viennent à lui. En face, les commerciaux d'IBM et Microsoft tissent des relations avec les DSI depuis 20 ou 30 ans."

Du côté de Google, on cite comme références hexagonales Oscaro ou Veolia. On rappelle aussi que la distribution de Google Cloud Platform s'appuie sur une dizaine de partenaires locaux, comme gPartner et Neoxia, et de grands intégrateurs comme Accenture, employant des ingénieurs certifiés. Comptant Spotify et Snapchat pour clients, Google entend aussi séduire les start-up, nativement cloud. Via un programme dédié, elle offre jusqu'à 100 000 dollars de crédit sur un an pour qu'elles puissent héberger leurs applications sur sa plateforme. Un programme voisin de ce que proposent IBM ou Microsoft.

En ce qui concerne les sociétés installées, Christophe Baroux note une vraie maturité dans leur approche du cloud. "Les freins psychologiques liés à la sécurité sont devenus très rares. En revanche, les demandes de stockage de données dans l'Union Européenne sont fréquentes. Notre contrat entreprise répond à ce souhait de localisation", note-t-il.

Facebook en embuscade ?

Au final, Google réussira-t-il son pari ? Louis Naugès le croit. "AWS est parti loin devant, personne ne pourra le rattraper, mais Google devrait devenir le numéro deux du cloud public à horizon 2020. Avec AWS et Google, les entreprises achètent l'innovation de demain", assure ce fervent défenseur du SaaS.

Face à ce duo, il verrait bien un troisième larron en embuscade : Facebook. Le réseau social dispose déjà de l'infrastructure ad hoc et du savoir-faire pour devenir fournisseur de services cloud. Le lancement imminent de Facebook at Work lui permettra, en tout cas, de mettre un pied dans le monde de l'entreprise.

Google / Datacenter