Scott Guthrie (Microsoft) "Plus d'un tiers des instances Azure embarque Linux"

Lors de sa venue en France pour l'événement Microsoft Experiences, le patron du cloud de Microsoft nous a accordé une interview exclusive. Il détaille la stratégie d'implantation d'Azure en France, et dévoile la place de Linux et Docker sur cette infrastructure.

Scott Guthrie est vice-président exécutif de la division Cloud et Enterprise de Microsoft depuis février 2014. © Microsoft

JDN. Vous avez annoncé l'ouverture de deux nouvelles régions Azure en France. Comment allez-vous gérer la problématique de la souveraineté des données stockées au sein de vos futurs data centers en France ?

Scott Guthrie. Pour toutes les régions Azure, nous garantissons ce qui s'appelle la localisation des données [ou "data residency" en anglais, ndlr]. Cette notion de localisation garantit que la donnée reste dans la région choisie par le client, et ne dépasse pas les frontières du pays. Ce sera, aussi, vrai pour les deux régions que nous allons ouvrir en France. 

Nous allons opérer ces régions, leurs installations, et manager l'infrastructure du cloud nous-mêmes. Cette nouvelle activité contribue à créer des emplois en France. Les installations physiques vont en effet être gérées par des salariés français.

De manière plus générale, l'implantation de ces data centers est aussi une opportunité pour les start-up françaises, et les organisions françaises de toute taille. A travers Azure, elles ont l'opportunité de vendre leurs produits et services en France, mais aussi partout dans le monde. Pour elles aussi, c'est donc également une source potentielle de valeur, de business, et donc de nouveaux emplois.

Comment allez-vous répartir ces nouvelles régions Azure en France ?

Les entreprises qui adossent leur business au cloud veulent pouvoir exécuter leurs applications sur plusieurs localisations pour faire en sorte que leur activité ne s'arrête pas même si une catastrophe a lieu. Dans cette optique, notre politique est d'installer les régions Azure à au moins 700 miles de distance [1100 kilomètres, ndlr]. 

En France, nous installerons une région Azure à proximité de Paris, et la seconde dans le sud du pays. Les entreprises pourront ainsi avoir confiance en cette infrastructure, car même en cas de catastrophe nationale, elles pourront continuer à exécuter tous leurs services cloud en France, sans avoir aucune donnée qui quitte le sol français. Nous implantons, aussi, nos centres de données dans des lieux sûrs, hors zone inondable notamment.

Microsoft a signé un accord en vue d'acquérir LinkedIn. Comment pourriez-vous imaginer intégrer LinkedIn à Dynamics ? Si le rachat de LinkedIn aboutit, comptez-vous laisser les données du réseau social accessibles à des éditeurs tiers ?

Mieux travailler avec ses clients, utiliser l'intelligence de la donnée pour avoir un niveau d'engagement et d'échange plus riche avec eux sont de vrais besoins. LinkedIn est un réseau professionnel qui apporte des contacts, un contexte, des leads, avec un niveau d'information très riche sur les membres. C'est l'un de ses attraits. Je pense qu'il y a beaucoup d'opportunités pour nous à saisir. 

"Nous cherchons à être partenaire de l'open source, et plus à essayer de le remplacer"

LinkedIn est ouvert aujourd'hui, et d'autres entreprises et ISV [independant software vendors, ndlr] sont aussi intégrés avec lui. Nous continuerons à permettre cela. Donc, d'autres fournisseurs de CRM et d'autres entreprises pourront également tirer pleinement avantage de ces possibilités, et nous le ferons en toute relation de confiance. Nous continuerons à laisser d'autres éditeurs accéder aux données de LinkedIn.

Fin 2015, Microsoft indiquait que la part des VM Linux sur Azure était passée en un an de 20% à 25%. Est-ce que cette part à continuer à progresser ?

Cette part dépasse un tiers aujourd'hui. Ce qui, d'ailleurs, montre bien qu'Azure est devenu le cloud de tous les développeurs. Ce n'est pas seulement un cloud pour les développeurs .Net et Windows. Il est aussi taillé pour les développeurs PHP, NodeJS, Linux

Selon vous, les containers et Docker en particulier sont-ils le futur du cloud ?

Je pense que Docker est une technologie passionnante qui va devenir très importante dans le secteur du cloud. Nous avons un partenariat fort avec Docker, et nous sommes aussi très liés à l'industrie des containers plus globalement. Nous avons signé beaucoup d'autres accords au sein de cet écosystème. Nous faisons en sorte, à travers Azure, d'être à la pointe des dernières évolutions portées par Docker et les containers.

Aux côtés des VM classiques, proposez-vous déjà des ressources (CPU et mémoire) sous forme de containers Docker, à la manière d'un Container as a Service ?

"Nous disposons d'une offre
de Container as a Service"

Nous proposons cette fonctionnalité à travers Azure Container Service. Via cette offre, nous donnons, aussi, la possibilité d'utiliser le framework d'orchestration de Docker, Swarm, mais également celui de Mesosphere, Mesos. Et nous prévoyons d'introduire le support d'autres frameworks d'orchestration de container dans le futur.

Tout container doit forcément tourner dans une machine virtuelle. Mais à travers Azure Container Service, le management des containers est géré sous la forme d'un service [le provisioning des instances sous-jacentes se fait de manière transparente, ndlr]. On peut donc bien qualifier Azure Container Service de Container as a Service.

Que pensez-vous de la question posée par certains acteurs de créer un fork de Docker ?

Notre approche chez Microsoft est désormais de chercher à être partenaire du monde open source, et non plus d'essayer de le remplacer. Nous bénéficions aujourd'hui d'une bonne réputation pour le travail que nous réalisons avec les projets open source.

Quels sont les services les plus utilisés sur Azure ?

Nos machines virtuelles sont très utilisées, nos services de ressource de calcul, de stockage et de réseau aussi. Mais de plus en plus de monde a recours à Azure App Service [qui permet de déployer des back ends d'apps mobile, ndlr] et Azure Container Service. Nos services de data et d'Analytics, autour du machine learning, de l'IoT, d'Hadoop, progressent de façon spectaculaire également.
 

Scott Guthrie est vice-président exécutif de la division Cloud et Enterprise de Microsoft depuis février 2014. Il a succédé à Satya Nadella à ce poste au moment où ce dernier a été intronisé PDG de Microsoft. Jusqu'alors, Scott Guthrie occupait le poste de vice-président corporate de l'activité Server and Tool du groupe. Scott Guthrie est notamment connu pour être l'un des pères de certains langages et technologies phares de Microsoft dont .NET, ASP et Silverlight. Entré chez Microsoft en 2004 au sein de la division Développeurs avant d'en être nommé General Manager, il a également travaillé au développement d'Azure à partir de 2011. 

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