"Génération pigeons", la révolte des entrepreneurs racontée par Jean-David Chamboredon "Nous allons tous le payer très cher"

olivier jay, journaliste économique et co-auteur de l'ouvrage.
Olivier Jay, journaliste économique et co-auteur de l'ouvrage. © S. de P. Editions Michalon

"Nous avons organisé deux canaux : le canal officiel avec Marie Ekeland et France Digitale, et le canal officieux, moi-même avec les Pigeons. Nous sommes connectés tous les deux à Fleur Pellerin, Marie est en contact avec Jérôme Cahuzac, et moi avec Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l'Élysée. Emmanuel Macron a compris tout de suite l'enjeu et se veut rassurant. Un peu vite, nous avons cru que ce trio pourrait faire passer des amendements avant la mi-décembre. À tort.

Nous rencontrons des députés et sénateurs en novembre.

J'ai suivi les débats à l'Assemblée. C'était la première fois que j'y allais. J'étais déjà allé à Bercy ou à l'Elysée mais jamais à l'Assemblée nationale, ni au Sénat. Je découvre ce monde.

Ce contact avec les politiques sera une grande frustration. Je rencontre des hommes et des femmes qui, sauf rares exceptions, ne sont pas du tout dans l'économie réelle.

Un député PS me dit : "De toute façon, taxer les revenus du capital comme ceux du travail est une promesse de campagne de François Hollande. Nous devons donc la tenir."

On pourrait croire qu'un député de droite comprend mieux les enjeux. Mais l'un d'entre eux me dit : "De toute façon, je voterai contre le PLF en bloc. Je suis dans l'opposition.". Et un député PS me dit : "De toute façon, taxer les revenus du capital comme ceux du travail est une promesse de campagne de François Hollande. Nous devons donc la tenir."

Le seul qui ait vraiment compris, c'est Thierry Mandon, député PS de l'Essonne. Il s'est démené pour un amendement qui instituait un abattement supplémentaire pour les actionnaires des entreprises ne versant pas de dividendes. Il s'est fait retoquer par la Commission des finances. "On a déjà cédé beaucoup en octobre, on ne va pas en faire plus", lui aurait dit Christian Eckert. Le jour du vote de l'article 6, Thierry Mandon a fait une déclaration solennelle et courageuse pour alerter ses collègues.

Les Pigeons "pigeonnés" ?

Début décembre, nous avions en effet réussi à concocter un amendement, avec apparemment la bienveillance de l'Élysée et de Bercy. Mais le 12 décembre, l'amendement est rejeté en Commission mixte paritaire et non soumis au vote par l'Assemblée.

On s'est fait avoir, soit par le gouvernement, soit par le Parlement.

Le gouvernement n'a pas une pleine autorité sur sa majorité. On est face à une machine purement politique qui semble se ficher que des dizaines de start-up fassent faillite dans les mois qui viennent !

Est-ce définitif ?

Avons-nous été "pigeonnés", comme l'a écrit Julie Coudry sur son blog ?

"Vous vous êtes faits avoir en ayant été très naïfs"

Nous avons toujours eu au sein de la communauté des Pigeons les deux tendances. Pour les uns, comme Olivier Mathiot et moi-même, il fallait maintenir le dialogue à tout prix. Julie Coudry ou Arnaud Dassier nous disaient : "Vous vous êtes faits avoir en ayant été très naïfs".

Il y a eu des progrès par rapport au projet initial. Mais la fiscalité française se trouve maintenant totalement inadaptée à la réalité des Business Angels et des écosystèmes de croissance.

Nous allons tous le payer très cher."

Capital risque / Levée de fonds