Sam Tarantino (Fondateur de GrooveShark) "La musique a toujours été gratuite sur Internet et doit le rester"

Attaqué par les majors, exclu des écosystèmes de Facebook, Apple et Google, GrooveShark croit toujours en son futur. Son fondateur détaille les projets du service gratuit de streaming.

Présentez-nous GrooveShark et son concept.

GrooveShark a vu le jour en 2006 alors que moi et mes deux associés étions encore étudiants à l'Université de Florida. Nous voulions faire pour la musique ce que Youtube avait fait pour la vidéo, en adaptant ainsi son modèle de contenu et son business model. Nous souhaitions donner la possibilité à des artistes de poster leurs contenus et d'être entendu par des millions de fans. Nous comptons aujourd'hui près de 80 employés, dont la majorité se trouve dans nos locaux à Gainsville, en Floride, et l'autre partie à NewYork.

 

Pourquoi utiliser GrooveShark plutôt qu'un autre service de musique en streaming ?

GrooveShark utilise pleinement la force d'Internet en se définissant comme un service global. Beaucoup de services comme Spotify ou Pandora ne sont pas présents partout, ce qui limite leur contenu musical. Dans la mesure où l'ensemble de notre contenu est alimenté par les utilisateurs eux-mêmes, nous disposons d'un catalogue de musique incroyablement riche, varié et surtout global. Nous aidons ainsi les artistes indépendants à gagner en visibilité. Car aujourd'hui, pour un artiste, il n'y a plus besoin de major pour faire connaître ses morceaux.

 

Combien d'utilisateurs comptez-vous, pour combien de morceaux ?

Nous comptons près de 20 millions d'utilisateurs dans le monde, dont il me semble environ 700 000 en France. Notre catalogue dispose de près de 15 millions de morceaux.

 

Quel est votre business model ?

Notre business model repose sur la publicité. Mais nous sommes en train de le faire évoluer vers un système où nous allons aider un artiste que nous aimons à gagner en visibilité. Nous lui permettrons de promouvoir ses tournées pour ensuite nous rémunérer en prenant un pourcentage sur les ventes. Nous offrons également une version Premium, sans aucune publicité. Mais le fait d'avoir vu nos applications bloquées par Apple et Google a rendu cette offre beaucoup moins attrayante... Ce problème sera toutefois bientôt résolu car nous serons bientôt présent sur tous les terminaux mobiles grâce à notre passage en HTML5.

 

Quelle est votre position par rapport aux maisons de disque qui multiplient les procès contre vous ?

Je tiens d'abord à dire que nous respectons le copyright des oeuvres. En tant que service web, nous n'avons pas de liste précise sur qui possède quoi. Cela n'existe pas, et surtout les choses évoluent tout le temps, c'est l'essence même d'Internet. Par ailleurs, nous ne pouvons pas prévoir ce qu'un utilisateur va uploader et nous ne souhaitons pas non plus l'empêcher d'uploader quelque chose. Néanmoins, comme Youtube ou tout autre hébergeur, nous retirons tout contenu ne respectant par le Copyright, dés qu'il nous a été signalé .

 

Cette pression des labels et l'existence de services musicaux gratuits en streaming limité comme Spotify ou Deezer va-t-elle vous pousser à évoluer ?

La musique a toujours été gratuite sur Internet et doit le rester. C'est vrai depuis 12 ans et la création de Napster et cela ne peut pas changer. La vraie question est plutôt : "est-ce que les labels seront capables de créer un écosystème autour du streaming gratuit ?". Ce qui importe pour un utilisateur ce n'est pas seulement la musique elle-même mais également l'expérience autour, comme les concerts notamment. Même si un utilisateur adore un artiste, il y a peu de chance qu'il achète les 10 albums de ce dernier. Aujourd'hui les labels se rémunèrent surtout en créant des marques autour des artistes, et en vendant des produits dérivés ou des places de concerts. Le véritable problème réside dans le fait que les 4 principales majors qui contrôlent la majorité du contenu musical de la planète ne veulent pas de ce changement de modèle. Néanmoins, nous continuerons d'essayer de travailler et d'avancer avec elles pour que cette évolution puisse bénéficier à tous.

 

Comment avez-vous réagi en apprenant que Facebook vous a exclu de sa plateforme ?

Nous sommes actuellement en discussion avec Facebook, et une partie de notre accès a déjà été rétablie. Mais il faut relativiser ce problème puisque cette exclusion n'a que très faiblement impacté notre trafic.

 

Vous n'avez pas encore de bureau en Europe, pourquoi ?

Nous aimerions vraiment y être. Le problème est que l'Europe est tellement fragmentée en termes de culture ou encore de langage que s'y implanter coûte cher et demande de s'y consacrer pleinement. Mais vous savez, un tiers de notre trafic vient d'Europe et cette zone va devenir un véritable relais de croissance pour nous. Nous irons un jour en Europe, mais nous attendons le bon moment...

 

Quelles futures évolutions du service sont à prévoir ?

Nous sommes en train d'adapter toutes nos applications au format HMTL5 pour permettre à n'importe quel utilisateur mobile de se connecter au service sans avoir besoin de télécharger d'application et depuis n'importe quel navigateur mobile. Entre juillet et août, nous deviendrons plus social, en permettant notamment à un artiste de gérer sa page dédiée ou à un utilisateur de créer et partager sa propre radio. Nous ne serons donc bien plus qu'un simple moteur de recherche de musique.

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