La crise du private equity arrive pour 2028

La crise du private equity arrive pour 2028 Mur de la dette, hausse des taux d'intérêt et disruptions causées par l'IA forment un cocktail explosif qui pourrait bien précipiter la crise qui couve depuis déjà près d'un an.

Le début d’année 2028 s’annonce d’ores et déjà difficile pour le capital-investissement. Comme le rapporte le Wall Street Journal, celui-ci fait en effet face à un mur de la dette de 300 milliards de dollars, menaçant nombre d’entreprises détenues par les fonds de private equity de défaut de paiement.

Les déboires du capital-investissement remontent à l’année 2022. Après une décennie dorée marquée par des taux d’intérêt très bas, dont ce modèle, qui finance ses investissements par l’emprunt, a fait ses choux gras, les taux d’intérêt ont été brutalement remontés par les banques centrales cherchant à juguler l’inflation post-Covid. En parallèle, le marché des entrées en bourse s’est sévèrement tari face à un contexte macroéconomique difficile. Depuis, les fonds de capital-investissement se retrouvent avec de nombreuses sociétés surévaluées dans leur portefeuille, qui restent non cotées plus longtemps que prévu, empêchant les fonds de récupérer du cash lors de lucratives IPO.

Le capital-investissement face à la hausse des taux d’intérêt

A partir de début 2028, un grand nombre de ces entreprises verront les emprunts qu’elles ont contractés en 2021 lorsque les taux étaient bas (et pensaient rembourser rapidement via une entrée en bourse) arriver à échéance, et devront donc décider dès l’année prochaine comment se refinancer. Environ 140 milliards de dollars de prêts à risque accordés à des entreprises doivent arriver à échéance en 2028, et 160 milliards de plus en 2029. A titre de comparaison, entre 2023 et 2025, le montant de prêts arrivant à échéance deux ans plus tard tournait en moyenne autour de 60 milliards par an, selon les données de PitchBook.

Or, cette échéance tombe alors que le coût du crédit est au plus haut depuis des années, porté à la fois par les taux d’intérêt élevés et la dette contractée par les géants de l’IA pour financer leurs investissements dans cette technologie.

Ces entreprises vont donc devoir contracter de nouveaux emprunts à des coûts bien plus élevés qu’avant, avec le risque qu’un certain nombre d’entre elles fassent défaut et entraînent avec elles les fonds de capital-investissement, déclenchant un effet domino susceptible de se répercuter ensuite sur toute l’économie.

Haro sur le SaaS

Un autre élément perturbateur vient s’ajouter au cocktail explosif auquel font face les professionnels du capital-investissement : l’IA, qui vient chasser sur les terres des entreprises du logiciel. Or, celles-ci comptent pour une bonne part dans le portefeuille des fonds de private equity. Le logiciel a représenté environ 18% de la valeur des opérations de private equity américaines en 2025, d’après les données collectées par PitchBook. Selon la Banque des règlements internationaux, les prêts directs aux entreprises SaaS dépassaient 500 milliards de dollars fin 2025, soit 19% du total, contre environ 8 milliards en 2015.

Depuis ses débuts, le marché du logiciel en tant que service ne manque en effet pas d’arguments pour séduire les fonds de capital-investissement : des revenus récurrents grâce à l’abonnement, un marché en pleine croissance grâce au cloud, des marges élevées grâce aux faibles coûts de distribution permis par la dématérialisation et des clients qui, une fois captifs d’un environnement SaaS, tendent à y rester. Mais l’essor de l’IA agentique a brutalement remis en cause la viabilité de ce modèle, les agents comme Claude et ChatGPT promettant d’automatiser de nombreuses tâches que ces entreprises facturaient jusqu’ici à prix d’or.

En début d’année, suite à des annonces d’agents d’IA de la part d’Anthropic et d’OpenAI, Adobe, Monday.com, SAP et Salesforce ont tous été brutalement attaqués en bourse, cette dernière voyant son action décrocher de 30%. Une déconfiture qui touche également les spécialistes du logiciel non publics : la valeur d’entreprise des éditeurs de logiciels non cotés américains, détenus pour la plupart par des fonds de private equity, a reculé de 8,8% au premier trimestre 2026, selon l’indice de Lincoln International, une banque d’affaires. C’est la fameuse “SaaSpocalypse”, qui vient s’ajouter aux déboires du capital-investissement.

Le private equity a connu une première alerte plus tôt dans l’année lorsque la santé financière de Blue Owl, l'un des plus grands gestionnaires d'actifs alternatifs américains, a été sérieusement remise en question. Le secteur a depuis tenté de se réformer pour sortir de la crise qu’il traverse depuis 2022. Le mur de la dette qui s’annonce pour 2028 constituera un test grandeur nature pour sa résilience.