Thierry Chambon (Energisme) "Nous levons 11 millions d'euros pour développer l'IA de notre plateforme IoT"

Energisme, qui propose des tableaux de bord pour la maîtrise énergétique dans le secteur B2B, entend garantir aux entreprises une connaissance de leurs données de consommation.

Thierry Chambon, PDG d'Energisme. © Energisme

JDN. Energisme vient de lever 11 millions d'euros. Quels sont vos objectifs avec ces fonds ?

Thierry Chambon. Nous voulons développer l'intelligence artificielle de notre plateforme. Aujourd'hui, nos tableaux de bord permettent de visualiser l'information. Demain, le deep-learning pointera les incohérences dans les consommations d'énergie. Nous travaillons aussi sur la blockchain dans un projet de réseau de chaleur et du suivi des contrats de performances. Ce tour de table est le deuxième que nous réalisons auprès de nos investisseurs historiques. Nous avions déjà levé six millions d'euros en mars 2018 pour l'infrastructure de notre plateforme. Une troisième levée de fonds d'un montant encore plus significatif que les précédentes sera effectuée à la fin du premier semestre 2019. Nous avons toujours levé des fonds auprès d'acteurs qui ont une légitimité dans l'énergie. Nous voulons nous intégrer dans une communauté d'actionnaires qui ont une même vision, à savoir une énergie décarbonée, décentralisée, démocratisée et digitalisée.

Vous annoncez aussi un nouveau service de visualisation des consommations. En quoi consiste-t-il ?

Depuis le printemps 2018, Enedis met à disposition des consommateurs leur courbe de charge par l'intermédiaire de leur fournisseur d'énergie. Mais seule la donnée brute leur est transmise, et elle n'est pas utilisable intuitivement. Si nos clients nous mandatent, nous nous proposons de récupérer cette donnée brute via une API directe et de la rendre exploitable par une cartographie de leurs consommations. Notre valeur ajoutée est d'offrir gratuitement ce service dénommé n'gage, afin de démontrer notre savoir-faire dans ce domaine.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ?

Cela fait neuf mois que nos équipes dédiées à ce type de service supervisent les tests pour assurer un déploiement en masse. Elles ont effectué des essais sur des compteurs communicants auprès d'industries, de collectivités et de fonciers. Nous commençons par ouvrir une réservation au service afin d'évaluer la typologie de clients la plus intéressée par l'offre et ainsi l'optimiser selon les besoins. Car la connaissance n'est que la première étape, vient ensuite l'action pour l'efficacité énergétique, qui est notre priorité. Selon l'Ademe, une prise de conscience permet de réaliser 5 à 10% d'économies d'énergie tandis qu'une action engendre des gains de 10 à 15%. L'un de nos clients dans le foncier réalise même 40% d'économies d'énergie.

Quelle est en ce sens la stratégie d'Energisme ?

Nous estimons que la transition énergétique passe par l'IT, qui permet de savoir si les mesures d'économies d'énergie appliquées sont pertinentes. Nous avons l'infrastructure pour réaliser ces opérations avec un coût marginal, c'est pourquoi notre priorité est de faire en sorte que nos clients prennent connaissance de leurs consommations de la façon la plus ergonomique possible afin d'agir. Par exemple dans le foncier, ce n'est qu'en sachant qu'un bâtiment d'un parc de bureaux consomme le dimanche que l'on peut corriger ce dysfonctionnement. Le manque d'informations et la multitude d'architectures de la donnée IoT sont à l'heure actuelle les principaux freins à l'Internet de l'énergie que nous promouvons. Et les outils existants pour comprendre ses consommations sont encore trop onéreux. C'est pour cela que nous avons lancé dans la même logique il y a un an et demi un logiciel dédié aux collectivités territoriales, utilisé actuellement par une quarantaine d'entre elles en France. Les villes qui l'ont déjà testé sont passées à la version payante pour aller plus loin dans leurs actions. Nous avons de nombreux projets sur cette thématique.

Comment comptez-vous attaquer l'international ?

Nous prévoyons de renforcer nos équipes, aujourd'hui composées de 104 personnes, pour nous développer à l'étranger. Nous avons des collaborateurs à Lyon, Milan, Barcelone et nous projetons d'ouvrir dans les semaines à venir un bureau à Madrid pour faire face à la demande en Espagne, mais aussi en Allemagne et au Royaume-Uni. Notre ambition est d'ouvrir d'ici la fin de l'année des bureaux dans toute l'Europe pour avoir dans chaque pays, d'ici 2021, un chiffre d'affaires aussi significatif que celui de la France. Ce dernier s'est établi à 4,5 millions d'euros en 2018.

Vous avez aussi déclaré prioriser la collaboration avec des start-up. Qu'en est-il ?

Nous allons accélérer de plus en plus de jeunes pousses. L'objectif est de mettre à leur disposition notre infrastructure et nos data pour qu'elles enrichissent le travail de la donnée et imaginent des services complémentaires pour nos 200 clients. Nous avons déjà un partenariat avec Kocliko, une start-up qui permet de justifier des travaux sur un immeuble après construction. D'autres seront annoncés cette année.

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