"Itinéraire d'un DRH gâté", les meilleurs extraits Comment devient-on manager ?

Si Jean-Luc Vergne se montre critique envers les formations en management, il fait davantage confiance à l'apprentissage sur le terrain.

 

Apprend-on à devenir manager ? Et y a-t-il des outils du manager ? J'ai la conviction que certains ont des qualités innées, ou ont été formés – d'aucuns diraient conditionnés –, par leur éducation, leur expérience, puis par leurs patrons respectifs. On retrouve toujours de l'un chez l'autre entre un patron et son dauphin, et le mimétisme joue souvent à plein.

Au-delà de ces cas relativement exceptionnels, on apprend et on progresse dans le management en pratiquant. René Sautier et Jean-François Dehecq, les deux patrons qui m'ont mis le pied à l'étrier – et l'expression tombe ici tout à fait à propos – m'ont appris ceci : la mise en situation est la meilleure des écoles. On prend des coups, on essuie des échecs, on a aussi des réussites, mais c'est comme cela que l'on se construit, dans l'apprentissage de la vie comme dans l'apprentissage du management.

Les formations au management n'apportent rien, à part faire la fortune de quelques organisateurs

Que penser alors des stages ou des séminaires de formation au management ? Tout d'abord, qu'ils n'apportent rien, à part faire la fortune de quelques organisateurs ! J'ai connu des dizaines de ces cadres – pas très bons – que l'on envoyait pendant une semaine apprendre les "secrets" du management... Ils essayaient ensuite de mettre en application ce qu'on leur avait inculqué, pendant les quelques jours qui suivaient leur retour. J'ai ainsi le souvenir d'une pharmacienne qui, pendant toute une journée, a reformulé ce que lui disaient ses collaborateurs. Panique à bord ! C'était la risée de l'entreprise... mais le naturel a vite repris le dessus. Pour conclure, une dernière remarque de pur bon sens : ces stages et séminaires intègrent tous de nombreux jeux de rôle : c'est bien la preuve que la mise en situation et la pratique restent la meilleure formation !

Enfin, voici mon troisième et dernier constat, en forme d'évidence, mais d'une importance capitale : on manage des personnes avec des styles et des comportements différents, et c'est la diversité d'une équipe qui lui procure sa richesse et son efficacité. Un patron qui s'entoure de clones, ou de personnalités effacées, est voué à l'échec. Ce sera un échec diffus et indolore car il aura la vie facile, ne sera ni contredit ni remis en cause, mais il perdra en efficacité. Le bon manager, c'est celui qui doit rendre possible l'expression de la diversité, en régulant, en animant, et en veillant au respect de chacun et des limites à ne pas franchir. Enfin, c'est lui qui décide, en dernier ressort !