Workday vs SuccessFactors : le match de la gestion des talents en mode cloud

Workday vs SuccessFactors : le match de la gestion des talents en mode cloud Les deux éditeurs ciblent les mêmes grands comptes internationaux. Si leurs offres possèdent une couverture fonctionnelle comparable, elles se distinguent dans leur philosophie.

Sur le terrain de la gestion des talents en mode cloud, les mêmes noms d'éditeurs circulent chez les grands comptes. En appels d'offres, on retrouve les trois leaders du dernier quadrant magique de Gartner : Workday, SuccessFactors (filiale de l'Allemand SAP) et Oracle. Ils peuvent être accompagnés de quelques challengers comme Cornerstone et Talentsoft. Très comparables en termes de couverture fonctionnelle, les deux premiers se retrouvent fréquemment en short-list. En France, Sanofi a ainsi opté pour Workday face à SuccessFactors. Essilor a fait, lui, le choix inverse en retenant SuccessFactors face au premier.

Comparatif entre Workday et SuccessFactors
  Workday SuccessFactors
Année de création 2005 2001
Points forts Plateforme nativement cloud, interface ergonomique et fluide, expérience unifiée, puissance de l'analytique. Pure player de la gestion des talents, synergies avec SAP, souplesse du fonctionnement maître/esclave, argument RGDP.
Points faibles Fonctionnement en mode maître uniquement, déploiement très cadré, personnalisations limitées, retard sur les modules de formation et de paie.  Hétérogénéité de l'expérience utilisateur, refonte de l'interface et des usages mobiles plus tardifs.
Références en France Sanofi, Airbus, Chanel, Pernod Ricard, Aviva, Thalès, GfK, Nissan LVMH, Faurecia, Sephora, Air France, Keolis, Renault, Essilor, L'Occitane

"Editeurs internationaux multilingues, Workday et SuccessFactors peuvent gérer la complexité des règles RH pays par pays", observe Claire-Marie de Vulliod, directeur et leader du marché tech RH au sein du cabinet CXP. La consultante note, par ailleurs, qu'ils évoluent tous deux dans le monde des ERP, SuccessFactors est adossé à SAP tandis que Workday a développé aux côtés de son SIRH une offre de gestion comptable et financière. Un point important à ses yeux. Pour 12% des entreprises de l'enquête de CXP "Enjeux et perspectives RH en 2018", le module RH de l'ERP est le modèle d'offre prédominant au sein du parc actuel des systèmes d'information RH (SIRH) en France.

Workday et SuccessFactors bénéficient d'un important réseau de partenaires intégrateurs dans l'Hexagone (avec Accenture, Deloitte, Capgemini, KPMG, everBee, NGA ou encore B2 pour le premier, et Nubeem, Arago ou NGA pour le second).

Workday, une solution "très structurante"

Fondé en 2005 par deux anciens de PeopleSoft après l'OPA hostile lancée sur ce dernier par Oracle, Workday connaît une croissance exceptionnelle. Sur son dernier trimestre fiscal 2017, la société américaine a vu son chiffre d'affaires bondir de 32,5% à plus de 582 millions de dollars. Elle revendique plus de 1 800 clients, parmi lesquels Airbus, Chanel ou encore Pernod Ricard en France.

Sa force, Workday la tire de son histoire. Ses deux fondateurs sont partis d'une feuille blanche. Nativement cloud, "la plateforme de Workday a été dès le départ pensée pour un usage en situation de mobilité, sur smartphone ou tablette", remarque Benoit Capitant, directeur d'unité et responsable de l'offre SIRH chez Mc²i Groupe. L'expert loue l'ergonomie et la modernité de l'interface graphique, la fluidité des processus et l'expérience utilisateur unifiée. "Le collaborateur est placé au centre de la solution. Un manager accédera, par exemple, à l'organigramme de son service ou encore aux entretiens d'évaluation des membres de son équipe", détaille Benoit Capitant.

"Workday a été dès le départ pensé pour un usage en situation de mobilité, sur smartphone ou tablette"

Cette unicité des données a toutefois une contrepartie. A la différence de SuccessFactors qui peut agir en mode "maître" ou "esclave", Workday se limite à la première option, et impose de déployer ses modules pour tous les processus RH. C'est cette approche "tout ou rien" qui a, semble-t-il, rebuté Essilor si l'on en croit le témoignage de l'industriel aux Trophées SIRH. "Avec une méthodologie d'implémentation très cadrée, Workday est une solution plus structurante que SuccessFactors de l'avis des entreprises utilisatrices. Elle offre des possibilités de personnalisation plus limitées", confirme Benoit Capitant.

En termes de couverture fonctionnelle, le consultant pointe les manques de Workday en matière de gestion de la formation. Le module Workday Learning n'a été lancé en France qu'en octobre 2016. De même, le moteur de paie de la plateforme est arrivé tardivement, en mars 2016. En revanche, Workday se démarque plus nettement sur le volet collaboratif. L'éditeur a ainsi noué un partenariat avec Slack qui s'est traduit par l'intégration de ses services RH à l'interface du chatops. En janvier dernier, l'éditeur californien a par ailleurs racheté le chatbot SkipFlag.

De son côté, Claire-Marie de Vulliod salue les performances de Workday sur le volet analytique. "La solution intègre nativement des fonctions d'analyse décisionnelle pour tous les processus. Cela permet de suivre des indicateurs clés comme le nombre de recrutements ou des éléments de comparaison en matière de rémunération par poste ou région", souligne la consultante. En octobre dernier, l'éditeur a lancé une offre de "data as a service" permettant aux clients qui acceptent de partager leurs données de se comparer aux autres entreprises utilisatrices.

SuccessFactors, une ergonomie de qualité

Fondé en 2001 et racheté dix ans plus tard par SAP, SuccessFactors est un autre poids lourd de la gestion des talents en mode SaaS. Selon Gartner, l'éditeur de San Francisco compte plus de 6 200 clients et 45 millions d'utilisateurs actifs dans le monde. Comme son nom l'indique, SuccessFactors a historiquement bâti son offre autour de la gestion du capital humain, du recrutement à l'évolution de carrières en passant par la formation et la rémunération. Il dispose aussi d'un moteur de paie robuste.

Par opposition à Workday, "SuccessFactors fournit davantage de souplesse et de possibilités de personnalisation", indique Benoit Capitant. "La solution peut intervenir en maître ou en esclave, et s'interfacer par exemple avec Cornerstone." SuccessFactors bénéficie par ailleurs de la force de SAP et de synergies avec l'ERP de ce dernier, notamment en matière d'analytics.

"SuccessFactors offre davantage de souplesse et de personnalisation"

"Le module Workforce Analytics permet la création de rapports et tableaux de bord très riches pouvant mixer plusieurs sources de données RH et métiers", précise Claire-Marie de Vulliod, "Par exemple, l'indicateur 'risque de départ' y est directement intégré. Il est possible de réaliser des comparaisons, des projections, ou encore de créer des tableaux de bord par équipe très opérationnels."

La consultante note que SuccessFactors a beaucoup travaillé sur le rendu visuel de l'interface et sur la mobilité. "Un manager peut suivre les entretiens d'évaluation sur smartphone ou tablette", constate-t-elle. SuccessFactors génère en outre automatiquement des PowerPoints en prévision des comités de rémunération (fédérant indicateurs d'augmentation, de promotion...).

Parmi les critères de choix, le poids de l'existant informatique va bien sûr peser. Une entreprise qui a déployé SAP sera tentée de choisir SuccessFactors. Dans le cadre de la mise en conformité au RGPD, l'éditeur peut ainsi faire valoir son appartenance à SAP, acteur européen, avec à la clé un réseau plus étendu de points d'hébergement des données sur le Vieux continent. Enfin, Benoit Capitant note que SuccessFactors se montre plus compétitif au niveau tarifaire que Workday. Un critère qui a son importance.

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