Matthieu Gombeaud (Hexa) "La maison Hexa à San Francisco doit permettre à nos start-up de s'y installer définitivement"

En décembre 2025, Hexa a ouvert une maison à San Francisco pour y accueillir certains de ses entrepreneurs. Six mois plus tard, Matthieu Gombeaud, CEO du célèbre start-up studio, revient sur cette initiative.

JDN. Pourquoi avoir décidé d'ouvrir une maison à San Francisco ?

Matthieu Gombeaud est CEO du start-up studio Hexa. © Matthieu Gombeaud

Matthieu Gombeaud. Un des principaux chantiers depuis mon arrivée est d’accompagner encore davantage nos start-up vers la Silicon Valley. San Francisco est un hub évident, au cœur de l'IA et de l'agentique, donc il nous a semblé naturel d’y renforcer notre présence. Historiquement, on a déjà envoyé nos boîtes aux Etats-Unis, dès 2014 avec Front ou Aircall, qui ont d’ailleurs installé leur siège là-bas. On n’a pas attendu aujourd’hui pour pousser nos start-up aux Etats-Unis, mais on a accéléré cette dynamique. L'objectif de la maison est de mettre à disposition de nos start-up le réseau qu'on a construit dans cette ville : des fondateurs passés par Hexa, des VC et des business angels. La maison est avant tout un symbole de cet écosystème. Ce qui compte, c’est ce réseau que nous structurons sur place avec des profils comme Jean Lafleur (fondateur de la licorne Airbyte, ndlr) qui conseille régulièrement nos start-up. La maison permet de rendre ce réseau encore plus actif.

Pourquoi avoir choisi San Francisco et pas une autre ville américaine ?

Nous avions déjà construit un réseau dans cette ville et surtout, depuis un ou deux ans, toute la dynamique de l’IA s’est clairement concentrée à San Francisco. Les grands acteurs comme Anthropic ou Open AI y sont installés, tout comme les principaux fonds de capital-risque mondiaux. L’écosystème est aujourd’hui imbattable. New York constitue un autre pôle intéressant, mais il est moins centré sur la tech. A San Francisco, une partie de la population vit presque uniquement pour la tech. C’est une ville assez simple, avec peu de distractions pour les entrepreneurs : les gens se couchent tôt, se lèvent tôt, et sont très focalisés sur la tech.

Comment fonctionne concrètement la maison Hexa à San Francisco ?

© Hexa

La maison est composée de neuf chambres. Il y a entre deux et quatre start-up en permanence dans la maison, chacune occupe une ou deux chambres pour une durée d'au moins trois mois. Une personne d’Hexa est aussi présente à temps plein sur place. La maison est située à Cole Valley, un quartier central avec un esprit village qui compte plusieurs commerces dont une boulangerie. Ce n’est pas un lieu pensé pour recevoir des clients mais plutôt un endroit pour vivre et travailler. Pour les jeunes start-up de notre programme "Hexa Start" dont le marché se trouve aux Etats-Unis, c’est un passage obligatoire. La maison est financée par Hexa, avec un loyer refacturé autour de 150 dollars par jour. La vie sur place est aussi rythmée par plusieurs temps forts collectifs : un barbecue ou un poulet rôti le dimanche, un entrepreneur de la Silicon Valley invité chaque mardi soir pour partager son expérience, et, une fois par mois, un dîner entre les champions passés par Hexa présents à San Francisco et les jeunes fondateurs installés dans la maison.

Quels sont les bénéfices pour les start-up qui vivent dans cette maison ?

L’objectif est qu’elles lèvent des fonds aux Etats-Unis, auprès d’investisseurs américains, où les valorisations sont généralement plus élevées. Par ailleurs, pour créer des entreprises avec une dimension mondiale, il faut se confronter aux meilleurs, et ils sont en grande partie dans la Silicon Valley. Pour résumer, l'objectif est qu'elles profitent des avantages du marché américain : des capitaux importants et une concurrence dense. La maison doit être une rampe de lancement pour permettre à nos start-up de s’implanter définitivement à San Francisco. Je pense qu’il est plus pertinent de se lancer directement aux Etats-Unis plutôt que se développer d'abord en Europe et ensuite aller sur le marché américain.

Vous poussez donc vos start-up à devenir des entreprises américaines, et plus vraiment françaises ?

© Hexa

Non, pas du tout. On n'est pas attaché au pays d’incorporation de l’entreprise, qui relève avant tout d’aspects juridiques et techniques. Ce qui fait l’âme d’une société, ce sont ses fondateurs, pas des statuts ou l’emplacement du siège social. Cela ne transforme pas les entrepreneurs en apatrides. Ce sont toujours des entreprises avec des valeurs européennes. L’objectif est justement de permettre aux entrepreneurs européens de créer des géants de la tech, afin de ne pas dépendre uniquement de sociétés américaines.

Quels sont les premiers retours des start-up installées à San Francisco ?

Les retours sont très positifs. Les start-up apprécient le fait d’avoir une manière simple de se projeter à San Francisco. Elles soulignent l’énergie de la ville, la possibilité de rencontrer d’autres entrepreneurs ainsi que certains des meilleurs VC au monde. Elles se sentent portées par cet écosystème et en reviennent généralement plus fortes, plus ambitieuses et plus aguerries. Le niveau de concurrence les pousse à se dépasser. Elles apprécient aussi tout ce qui est organisé autour de la maison sur le plan communautaire.