Avec ces futurs radars, vous risquez une amende même si vous n'êtes pas en tort
17h30, vous rentrez chez vous, votre courrier à la main. Au milieu de toute cette paperasse, une mauvaise nouvelle : une amende pour une infraction dont vous n'avez aucun souvenir… Et pour cause, vous n'avez strictement rien fait de mal. Ce scénario, bien que fictif, reflète une crainte bien réelle : celle de radars alimentés par intelligence artificielle qui flasheraient des conducteurs à tort. Sur les réseaux sociaux, des voix s'élèvent pour s'y opposer. Le JDN vous explique.
L'infraction qui pose question est la distance de sécurité. Comment un radar peut-il verbaliser sans erreur ce type d'écart ? Lorsque deux voitures se suivent, comment prouver que c'est bien le véhicule arrière qui colle celui de devant, et non ce dernier qui s'est brusquement rabattu ?
C'est précisément la question que soulèvent plusieurs internautes et le journal L'Argus dans une enquête publiée en 2025. Car pour rappel, sur la route, une voiture doit se tenir à une distance minimale de sécurité par rapport au véhicule qui la précède. Sur autoroute, cette distance est fixée à 73 mètres, soit l'équivalent de 2 secondes de trajet à 130 km/h. Mais voilà, il arrive que des conducteurs imprudents se rabattent bien trop près de la voiture qui les précède, sans que le conducteur de derrière n'y soit pour rien. Et c'est là que le radar pose problème. Comment peut-il faire la différence entre celui qui colle délibérément et celui qui subit un rabattement surprise ?

En 2009, déjà, le ministère de l'Écologie reconnaissait que contrôler les distances de sécurité sur une chaussée à plusieurs voies était "difficile", notamment "pour prendre en compte les cas de rabattement ou d'insertion qui ne sont pas interdits".
A l'époque, un radar contrôlant l'interdistance était en phase de test dans un tunnel, tandis que des études étaient menées "pour définir les paramètres qui permettraient de constater ces infractions sans risque de contestation". Visiblement, ces travaux n'ont pas abouti. Près de vingt ans plus tard, ces radars ne sont toujours pas déployés. Mais cela pourrait changer.
Une annexe au projet de loi de finances pour 2025 a remis une pièce dans la machine en précisant que "la trajectoire stratégique poursuivie à moyen terme" sera notamment "l'appropriation de technologie ou de techniques innovantes, comme l'extension de l'usage de l'intelligence artificielle pour améliorer les performances du contrôle automatisé". Et que "selon les capacités technologiques et l'homologation nécessaire, de nouvelles infractions pourront être déployées, sur plusieurs centaines d'équipements (interdistance, non-respect du port de ceinture, téléphone tenu en main)."
En septembre 2025, l'étau se resserre. Le journal L'Argus annonce que des appels d'offres ont été lancés auprès des fabricants de radars pour développer des technologies capables de verbaliser automatiquement de nouvelles infractions parmi lesquelles l'interdistance. Le journal nous apprend aussi que "les fabricants ont déjà franchi un cap technologique essentiel en maîtrisant le recours à la vidéo, à l'intelligence artificielle et au lidar, tellement performants sur le papier."