Bertrand Beaudichon (Heroiks) "Avec son operating system et son modèle intégré, Heroiks est une alternative aux Big 5"
Quatre mois après son arrivée chez le groupe Heroiks en tant que directeur général, Bertrand Beaudichon dresse un premier bilan et annonce au JDN le lancement de l'OS North AI.
JDN. Heroiks annonce ce 6 juillet le lancement de son operating system, North AI. Pourquoi était-ce si important pour vous ?
Bertrand Beaudichon. Heroiks est le plus gros groupe indépendant du marché français. Il couvre désormais six métiers : l’achat média, métier historique de l’agence ; le SEO/GEO (avec Peak Ace) ; la création (New Business et Versus), la social influence (Saucy, lancée en juin), l’événementiel (Heroiks Events) et la data/études/économétrie (Heroiks Pulse). Notre leitmotiv, c’est d’être une plateforme de croissance des marques, en couvrant tous leurs besoins.
Il nous fallait une plateforme à même de fluidifier les synergies entre tous ces métiers, un operating system qui soit vraiment différenciant. C’est ainsi que North AI est né. C’est un OS différenciant sur trois aspects : il intègre le média et la création sur une même campagne, il est 100% client centric et il est alimenté par une data robuste.
North AI couvre toutes les étapes de la vie d’une campagne, de l’analyse du brief à la mesure y compris par modélisation MMM, en passant par la construction des audiences à adresser, l’optimisation du planning media avec simulation des résultats média, branding et business et un module de pré-test. Les assets créatifs sont activables depuis l’outil.
Nous commençons à partager la V1 de North AI à nos clients et notre objectif est de permettre à ce que l’intégralité des stratégies 2027 soient faites sur notre OS.
Cela fait quatre mois environ que vous dirigez Heroiks. Que pouvez-vous nous dire sur vos ambitions pour le groupe ?
Je suis très heureux de confirmer ce que j’avais pressenti ici : un groupe à l’ADN historiquement très ROIste devenu full-funnel, à l’esprit entrepreneurial et un fonctionnement très intégré. Tous les managers clés sont actionnaires du groupe et une équipe experte senior transversale assure la commercialisation de nos différents métiers en favorisant des synergies entre nos entités pour chaque client, ce qui, au passage, est une demande forte de nos annonceurs. Il n’y a pas un pitch client qui ne bénéficie de toutes nos expertises. Notre gouvernance et la culture même du groupe favorisent cette fluidité du "penser ensemble" dans une logique cross-métiers.
Nos clients ont ce même profil entrepreneurial : ce sont pour la plupart des marques locales des pays où nous sommes implantés qui ont réussi (en France nous pouvons citer Coopérative U, Atol, Malongo et The Fork, ndlr). Quant à mes missions, je suis là pour contribuer à poursuivre le développement et renforcer l’efficacité opérationnelle du groupe, maximiser les synergies entre nos différentes entités et accélérer fortement le déploiement de l’IA à tous les étages de l’entreprise.
Qu’avez-vous déjà réussi à accomplir en matière d’IA agentique et générative et quelles sont les prochaines étapes ?
Nous avions déjà fait un pas de géant avec le lancement en septembre dernier de Versus, notre agence créative 100% IA générative. Versus a déjà plus d’une vingtaine de clients à la fois sur le volet publicitaire (branding) et sur la content factory (campagnes digitales à la performance) et la traction est de plus en plus forte auprès de nos clients média historiques. Nous avançons maintenant sur l’agentification de la chaîne média et du reporting.
Où en est le groupe Heroiks aujourd’hui ?
Heroiks aujourd’hui, ce sont 400 salariés. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires (marge brute) de 70 millions d’euros en 2025, 1 milliard d’achat d’espace, et nous projetons une croissance de 7% à 10% cette année, après une année de stabilité.
Si nous avons de belles perspectives de croissance, malgré un contexte économique peu favorable, c’est notre développement sur d’autres géographies comme au MENA, mais aussi sur d’autres pans de la chaîne de valeur à forte croissance (études, créa, influence, SEO/GEO) qui nous assure cette ouverture. Les annonceurs, pour croître dans ce monde désormais sans croissance, ont besoin de se différencier en piquant des clients à leurs concurrents. C’est par conséquent pour eux un sujet de pertinence et de considération, que nous travaillons grâce à notre diversification et une approche média plus full funnel. Notre équipe de développement, active depuis l’automne dernier, a déjà multiplié par cinq les leads générés sur l’ensemble de nos activités.
Dans quels pays le groupe Heroiks est-il présent ?
Heroiks est présent en France, en Allemagne (pays depuis lequel Peak Ace pilote les campagnes de paid search d’Airbnb pour le monde entier sauf en Amérique du Nord), à Bangkok et dans la région MENA. Notre lancement à Dubaï, en février, est une réussite malgré le conflit en Iran.
Je reste motivé à l’idée d’ouvrir rapidement d’autres pays en Europe, à savoir l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, selon le même modèle, c’est-à-dire, au gré des opportunités qui se présenteront, en recrutant des entrepreneurs locaux, avec du charisme, de la vision et une forte motivation commerciale. Ces derniers deviennent actionnaires de l’entité avec 40% du capital, Heroiks finançant l’intégralité du lancement et des besoins en fonds de roulement et fournissant tout l’appui technologique et humain nécessaire (pour l’achat média digital, le planning stratégique, la création, etc).
C’est aussi en cela que Heroiks est l’antithèse des Big 5 : nous sommes l’inverse des grands groupes et de leurs "country managers" qui dirigent des bureaux pilotés à partir d’un seul centre de décision hiérarchisé et centralisé.
La situation du marché publicitaire est tendue, le marché s’est concentré et les grands groupes deviennent de véritables plateformes technologiques. Comment rivaliser avec ces grosses machines ?
Ce sont en effet de grosses machines qui ont beaucoup perdu en agilité. Une décision met des semaines à être prise et des mois à être déployée. Quand la dernière version de Claude est sortie, il nous a fallu cinq jours pour que l’intégralité de nos salariés soient formés, ce qui n’est pas envisageable chez ces grands groupes.
Il y a un autre point : ces grands groupes délèguent beaucoup trop l‘achat média aux Gafam, souvent tenus par des deals mondiaux, aussi bien les leurs que ceux de leurs annonceurs, des très grandes marques internationales. Notre force est bien dans notre capacité à offrir une réponse intégrée, agile et davantage autonome des Gafam mais à une condition : disposer d’une solution technologique, d’un operating système alimenté par une data robuste, du même niveau que les Big 5. Et c’est ce que nous venons de lancer. Nous sommes l’alternative entre les Big 5 et les agences indépendantes trop petites ou pas assez intégrées, qui ne disposent pas de ces capacités d’investissement dans la technologie.