Quand l'expérience de terrain révèle les angles morts de la cybersécurité

Secutec

Entre perception des cybermenaces et réalité du terrain, un écart persiste. Les éditeurs cyber doivent se mettre à la place des hackers pour mieux contrer les évolutions de leurs méthodes d'attaque.

Face à la rapide évolution des menaces cyber observée ces dernières années, l’expérience opérationnelle n’a jamais été aussi déterminante qu’aujourd’hui dans la conception de solutions de cybersécurité performantes. Sans immersion dans la gestion de crise et l’écosystème des hackers, il devient difficile de développer des outils véritablement capables de contrer des attaques devenues sophistiquées, industrialisées et opportunistes.

Être au contact des victimes pour comprendre l’envers du décor

Par crainte d’un impact réputationnel, de nombreuses entreprises ne dévoilent pas toujours les circonstances réelles d’une compromission. Le phishing est fréquemment évoqué comme point d’entrée alors même que la majorité des organisations disposent aujourd’hui de solutions de filtrage performantes. En réalité, un simple courriel frauduleux suffit rarement à lui seul à compromettre les systèmes de grandes organisations.

Une étude souligne que 30 % des attaques résultent de l’exploitation de vulnérabilités sur des serveurs exposés à Internet, tandis que 25 % reposent sur l’utilisation d’identifiants compromis. Dans le cadre des attaques par ransomware, les retours des cyber-négociateurs indiquent une répartition équivalente entre vols de mots de passe et exploitation de failles non corrigées.

Dans les faits, deux vecteurs d’attaques dominent : l’achat d’identifiants volés, souvent collectés via des malwares de type infostealer, et l’exploitation de vulnérabilités réseau. C’est cette réalité opérationnelle qui doit guider les stratégies de cyberdéfense.

Se nourrir de l’ennemi pour mieux l’anticiper

Le contact direct et régulier avec les attaquants constitue une source d’information stratégique. Il permet d’identifier des signaux faibles, d’anticiper l’évolution des modes opératoires et de mieux comprendre la structuration de l’écosystème cybercriminel. Certains acteurs de la cybersécurité intègrent ainsi des démarches d’observation active : présence sur des forums spécialisés, analyse des places de marché clandestines, suivi des échanges sur le darknet. Menées dans un cadre contrôlé, ces interactions offrent une visibilité précieuse sur les données compromises, les outils utilisés, les modèles économiques ou encore les intentions des groupes malveillants. Une stratégie malheureusement peu ou pas assez adoptée par les éditeurs de solutions cyber.

Concevoir des solutions alignées avec la réalité des organisations

Selon une étude, 65 % des organisations estiment avoir un trop grand nombre d’outils de sécurité et 53 % indiquent que leurs outils ne sont pas interopérables. Pour 77 % d’entre elles, ces deux problématiques freinent la détection et la remédiation des menaces. En effet, le manque d’interconnexion entre les différentes solutions cyber et leur multiplication complexifie la détection et la réponse aux incidents, créant des angles morts exploitables par les attaquants. 

Les cybercriminels tirent parti de la fragmentation des dispositifs de défense pour cibler en priorité les organisations les moins matures ou les moins outillées en matière de supervision et de remédiation. Les éditeurs ont ici un rôle à jouer. Une approche fondée sur l’observation continue des menaces, combinée à une compréhension fine des environnements métiers, permet de concevoir des solutions à la fois efficaces, interopérables et adaptées aux usages.

À l’heure où les cybermenaces évoluent à un rythme soutenu, les éditeurs ne peuvent plus se contenter d’une approche théorique. Développer une connaissance fine et actualisée des pratiques adverses permet de développer des solutions performantes, assurant aussi bien la protection des organisations que la compétitivité des éditeurs.