L'interactive initial offering, l'alternative transparente à l'ICO

L'interactive initial offering, l'alternative transparente à l'ICO Ce type de levée de fonds en ethers imaginé notamment par le cofondateur d'Ethereum, Vitalik Buterin, se veut plus sécurisante et plus juste pour les participants.

Alerte sur les ICO ! Le montant global des levées de fonds en crypto-monnaies a baissé de 90% entre janvier et septembre 2018, d'après les données collectées sur le site spécialisé Smith and Crown. En septembre dernier, seulement 221 millions de dollars ont été levés via des ICO, contre 2,3 milliards en janvier. Le nombre d'opérations a aussi diminué : il est passé de 93 à 26, toujours d'après Smith and Crown. Alors, est-ce la fin des ICO ? Pas vraiment. "On voit déjà moins de projets très prometteurs. On va donc revenir à des montants plus réalistes. Seuls les projets vraiment sérieux vont lever beaucoup d'argent", prédisait Clément Jeanneau, cofondateur du cabinet spécialisé Blockchain Partner et d'ICO Mentor fin 2017 dans le JDN.

Les raisons de ce "désamour" des investisseurs sont multiples. Des montants faramineux ont été levés sans grande justification, certains projets n'ont toujours pas sorti de produits, les escroqueries et autres scams se sont multipliés… Les conditions mêmes de ces levées de fonds sont aussi en cause. "Ce système n'est pas vraiment transparent et pas vraiment juste", résume William O'Rorke, cofondateur du cabinet d'avocats Blockchain Legal.

"Peu de personnes ont pu participer à l'ICO de Brave car il fallait des machines puissantes"

En effet, quand un projet lance une ICO (ou crowdsale) il peut décider de mettre une "cap", c'est-à-dire un seuil maximum à lever, ou bien ne pas en mettre. Dans le premier cas, l'opération peut durer quelques minutes voire quelques secondes et favorise les investisseurs les plus riches. Le navigateur Brave, qui vise à protéger la vie privée, a levé 35 millions de dollars… en 30 secondes. "Peu de personnes ont pu y participer car il fallait des machines puissantes et les frais de transactions étaient donc énormes", indique William O'Rorke. Le deuxième cas n'est pas non plus satisfaisant car l'absence de cap ne permet pas aux investisseurs de savoir combien de parts ils auront avant la fin de l'opération.

Pour résoudre ces problèmes, de nouvelles formes d'ICO émergent. Le cofondateur d'Ethereum Vitalik Buterin a imaginé avec deux autres acteurs de la blockchain l'interactive coin offering, abréviée IICO. Pour ce type d'ICO, chaque participant choisit le montant qu'il souhaite investir et indique un personal cap, c'est-à-dire le montant maximal de la crowdsale pour lequel il souhaite participer. Par exemple, un participant veut investir 100 ethers mais ne souhaite pas que le montant total levé dépasse 10 000 ethers car il ne souhaite pas détenir moins de 0,01% de part dans le projet. Avec le système d'IICO, si le montant total d'ethers levé est plus important que la personal cap, le participant sera automatiquement écarté de la vente. Dans notre exemple, si le projet récolte finalement 12 000 ethers, alors l'offre du participant est supprimée de la vente et il est remboursé de ses 100 ethers.

Exemple d'une liste de participations à une IICO
Nom du participant Contribution (en ethers) Personal cap (en ethers)
Alice 7 000 100 000
Bob 5 000 70 000
Carol 10 000 150 000
David  4 000 40 000 
Emma 15 000 300 000
Freddy 1 500 20 000
Vitalik 3 000 60 000
Total des contributions 45 500  
Total des contributions effectivement retenues 40 000  

Dans l'exemple ci-dessus, David et Freddy (en rouge) ont mis une personal cap inférieure au montant total levé (respectivement 40 000 et 20 000). Résultat, ils ne participent plus à l'opération et le montant de l'ICO est donc finalement moins important.

Les participants peuvent également supprimer volontairement leurs investissements. Dans une IICO, il y a différents rounds et à la fin de chacun d'eux, il est possible de voir où en sont les participations (comme dans le tableau ci-dessus). Un participant peut donc décider de retirer son offre s'il voit qu'il sera trop dilué ou que l'opération a récolté peu de financements. Il n'est pas non plus possible de retirer son offre à tout moment. "Après un certain temps, les retraits volontaires ne sont plus autorisés. Dans une crowdsale de 30 jours par exemple, le smart contract (le contrat automatique sur lequel est basé l'IICO, ndlr) peut permettre des retraits volontaires durant les 20 premiers jours et pas pendant les 10 derniers", est-il écrit dans le manifeste de l'interactive coin offering. "Il y a évidemment toujours le risque que quelqu'un parte avec la caisse lors d'une crowdsale mais le mécanisme d'IICO protège quand même plus les investisseurs", estime William O'Rorke.

"Le bonus incite les gens à ne pas entrer dans l'IICO au dernier moment"

Mais quel est l'avantage pour les porteurs de projet d'IICO ? Car ne pas savoir combien d'argent sera récolté avant la fin de l'opération ressemble plutôt à un inconvénient. Premier atout, seuls les ethers sont acceptés (les ICO acceptent toutes sortes de crypto-monnaies et parfois des dollars ou euros), ce qui permet de faciliter la comptabilité. Autre avantage : les IICO éloignent les spéculateurs. "Il y a des gens qui achètent du gaz (ils mettent des frais de transaction élevés, ndlr) au tout début de la sale pour que la transaction passe en priorité et pour qu'ils puissent ensuite rapidement revendre les tokens sur le marché secondaire", explique Clément Lesaege, CTO de Kleros, un système de résolution de litiges pour smart contract qui a eu recours à une IICO (5793 ethers levés). Tous les détails de son IICO ont été rendus publics dans un post Medium.  

Dans une IICO, il n'y a pas de discount (un prix remisé sur une quantité de tokens achetée lors de la prévente) pour les investisseurs institutionnels, qui ont donc moins d'intérêt à tenter de revendre leurs tokens dans la foulée. En revanche, il est possible d'appliquer un bonus raisonnable (une réduction sur un token). "Par exemple, si le bonus est à 20% (un bonus classique), il diminue doucement à 10% au début et disparaît d'ici la fin de la crowdsale", est-il expliqué dans le whitepaper. "Le bonus incite les gens à ne pas y aller au dernier moment", argue Clément Lesaege. Outre Kleros, difficile de savoir combien de projets ont procédé à une IICO. Mais entre l'avancée des régulateurs sur le sujet et la multiplication des escroqueries, l'IICO a des chances de séduire.

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