Cédric Meston "Après la start-up nation, il faut créer la repreneur nation"

Cédric Meston, serial repreneur ayant redressé cinq entreprises, présente son livre "Reprise", publié le 19 mars, et revient sur les principaux thèmes qui y sont abordés.

JDN. Pouvez-vous présenter "Reprise" en quelques mots ?

Cédric Meston a repris cinq entreprises. © Cédric Meston

Cédric Meston. L’idée de ce livre, c’est de démocratiser la reprise d’entreprise. J’y partage le retour d’expérience de mes différentes aventures repreneuriales, dont Tupperware France, pour expliquer concrètement comment fonctionne une reprise. Ce livre est avant tout un guide pratique, qui détaille les grands chantiers et les étapes clés d’un projet de reprise d’entreprise, de manière simple et accessible.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J’ai écrit ce livre parce que la reprise d’entreprise reste un sujet encore très opaque en France, alors même qu’il y a un vrai besoin. Chaque année, de nombreuses entreprises disparaissent faute de repreneurs. L’objectif est de donner envie aux gens de se lancer dans la reprise. Il existe encore beaucoup d’idées reçues : certains voient la reprise comme quelque chose d’ancien ou de moins attractif que la création d’entreprise. Pourtant, c’est un enjeu clé pour notre tissu économique. Avec le papy-boom, des milliers de dirigeants cherchent aujourd’hui à transmettre leur entreprise. La reprise est une voie d’excellence au même titre que la création. Il faut convaincre les jeunes qu’un projet de reprise peut être un formidable projet entrepreneurial et qu'ils ne sont pas obligés de créer une énième start-up pour ubériser un service.

Quels sont les thèmes les plus importants que vous évoquez dans le livre ?

Le livre aborde tous les grands sujets liés à la reprise d’entreprise : comment trouver une entreprise à reprendre, comment financer l’opération, comment transformer l’entreprise après le rachat, ou encore comment gérer les 100 premiers jours, qui sont souvent décisifs. Il y a deux thèmes que je considère comme particulièrement importants. D’abord, celui de la due diligence : comment analyser une entreprise et déterminer s’il faut y aller ou non. Ensuite, il y a la question des 100 premiers jours. Réussir cette phase demande de maîtriser une multitude de paramètres, parce qu’une reprise reste une activité complexe.

Faut-il un profil précis pour être un bon repreneur ?

Il n’existe pas vraiment de portrait-robot du bon repreneur. En revanche, il faut avoir de fortes qualités humaines et une grande capacité d’adaptation. Quand un entrepreneur crée une entreprise, il la façonne souvent à son image. Le repreneur, lui, arrive dans une structure avec une histoire, des équipes et une culture déjà installées. Il ne peut pas tout changer du jour au lendemain. Il doit avant tout comprendre et accepter cette culture d’entreprise. Chez Tupperware, par exemple, j’ai repris une entreprise très familiale, avec des collaborateurs qui y travaillent depuis plus longtemps que mon âge.

Dans le premier chapitre, intitulé "La posture du repreneur", vous expliquez qu’il faut respecter la culture de l’entreprise tout en la transformant. Comment trouver le bon équilibre ?

C’est effectivement un jeu d’équilibriste. Il est possible de faire évoluer la culture d’une entreprise, mais progressivement. Il ne faut pas opérer de virage à 90 degrés. Le changement doit se faire par étapes, de manière douce et continue. Encore faut-il savoir si l’entreprise est prête à cela, et c'est pourquoi la due diligence est essentielle.

Existe-t-il un écosystème favorable à la reprise en France ?

Il existe un début d’écosystème, mais il reste insuffisant. La "Mission Reprise" du gouvernement (un dispositif lancé en 2025 dédié à la transmission et à la reprise d'entreprises, ndlr), par exemple, montre qu’il y a quelques initiatives, mais cela reste encore très léger. Après la start-up nation, il faut créer une "repreneur nation". C’est un enjeu important pour notre économie. Les dix dernières années ont été centrées sur la création de start-up. Les dix prochaines devraient être consacrées à la reprise. Ce n’est pas seulement un souhait, c’est un pronostic.