Il envoie un mail à sa caisse de retraite et touche 1 320 euros de plus sur ses pensions de retraite
Les caisses de retraite oublient parfois des trimestres dans le relevé de carrière des nouveaux retraités. Ces derniers peuvent donc réclamer une hausse de leur pension de retraite.
"Je pensais avoir tout bien calculé, mais je me trompais depuis le début", sourit Armen, un peu gêné. Âgé de 62 ans, cet ancien contrôleur de gestion a pris sa retraite le 1ᵉʳ novembre 2025. Une fin de carrière qu'il a longtemps attendue : "pendant mes dernières années de boulot, je passais mon temps à faire des simulations pour savoir combien de temps il me restait à tirer", plaisante-t-il.
Ne souhaitant pas perdre trop de pouvoir d'achat, Armen a tout de même fait en sorte de remplir les conditions nécessaires pour toucher une pension de retraite à taux plein. Sous l'effet de la réforme des retraites, entrée en vigueur en 2023 et suspendue depuis, l'ancien contrôleur de gestion devait cotiser 169 trimestres pour bénéficier d'une retraite à taux plein. "En faisant le compte, j'ai remarqué que j'avais tout juste le nombre de trimestres requis", se souvient Armen.
Résultat, lorsque sa première pension de retraite est tombée, Armen a touché un peu plus de 1 800 euros bruts : 1 100 euros versés par le régime général de la caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) et environ 700 euros de la part de l'Agirc-Arrco, la caisse de retraite complémentaire des salariés du privé. "Ma première réaction a été de me dire : leur taux plein, il est pas si plein que ça en fait", se rappelle Armen en rigolant.

Déçu par le montant de sa pension, Armen s'est replongé dans son relevé de carrière. Ce document, envoyé tous les 5 ans aux personnes âgées de plus de 35 ans, détaille les périodes d'activité professionnelle, d'inactivité et les salaires annuels soumis à cotisations retraite. Le relevé de carrière recense également tous les trimestres validés par le salarié. C'est là qu'Armen s'est rendu compte qu'il manquait des informations : "un CDD d'un an et une période de chômage de 7 mois, pendant laquelle je touchais des indemnités, n'avaient pas été comptabilisés", explique l'ancien contrôleur de gestion.
Ce sont au total 8 trimestres, soit deux années de travail, qui ont été "oubliés" lors du calcul de la pension de retraite d'Armen. "J'avais en réalité cotisé 177 trimestres, et j'avais donc le droit à une surcote de 10% sur ma pension du régime général", indique Armen. Pour rappel, la pension de retraite versée par la CNAV est augmentée de 1,25% pour chaque trimestre cotisé au-delà du nombre requis pour valider le taux plein. Le CDD d'Armen lui a permis de valider 4 trimestres et sa période de chômage lui a donné droit à 4 trimestres supplémentaires. En effet, en France, un trimestre est accordé pour chaque période de 50 jours d'indemnisation chômage, dans la limite de 4 trimestres par an.
Armen s'est donc empressé de contacter sa caisse de retraite, à qui il a fourni les fiches de paie reçues au cours de son ancien CDD, ainsi que les attestations de versement de ces indemnités chômage. Autant de documents apportant la preuve que des trimestres ont effectivement été oubliés par l'Assurance retraite. "Au bout de quelques mois, j'ai reçu ma nouvelle pension de la CNAV, s'élevant à 1 210 euros bruts, soit 110 euros de plus par mois (1 320 euros de plus par an)", précise l'ancien contrôleur de gestion. "J'ai même reçu le rappel des montants qui ne m'avaient pas été versés lors des premiers mois de ma retraite", ajoute-t-il.
Cependant, le cas d'Armen est loin d'être isolé. Il arrive que des erreurs se glissent dans les dossiers des nouveaux retraités. Selon la Cour des comptes, en 2025, un nouveau dossier de retraite sur 9 était erroné. Un chiffre en hausse par rapport à 2024, où 10% des pensions de retraite fraîchement liquidées étaient mal calculées. Selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), le manque à gagner pour les nouveaux retraités oscille entre 40 et 180 euros bruts par mois en moyenne.
L'erreur la plus fréquente concerne les trimestres oubliés. Ce problème est souvent lié à des emplois qui n'apparaissent pas dans le relevé de carrière, ou à la non-comptabilisation des trimestres acquis lors des périodes de chômage, d'arrêts de maladie ou de congé maternité.