Alexandre Fitussi (Glovo) "Glovo livre en moyenne près de 5 000 commandes par jour à Paris"

Cette start-up espagnole agite l'univers de la livraison aux particuliers avec sa promesse de tout livrer en trente minutes. Comment ? Sur quel modèle ? Le point avec le DG France de Glovo.

JDN. Glovo est une start-up de livraison espagnole qui promet de tout livrer en trente minutes. Où en êtes-vous dans votre développement aujourd'hui ?

Alexandre Fitussi est directeur général France chez Glovo. © Glovo

Alexandre Fitussi. Glovo a été créé en 2014. Nous comptons désormais près de 1 000 employés et 40 000 coursiers actifs par semaine dans le monde. Nous étions présents dans trois pays il y a près d'un an et demi, contre 21 aujourd'hui. En France, où nous sommes arrivés à l'été 2016 et uniquement à Paris pour le moment, nous livrons autour de 5 000 commandes par jour, soit un quart des volumes de Deliveroo ou UberEats, selon les données de marché dont nous disposons. L'app Glovo livre 20 000 Parisiens chaque mois. Près de 800 partenaires (boutiques, distributeurs, restaurateurs…) nous font confiance dans l'Hexagone. Dans le monde, nous comptons près de 15 000 partenaires. Nous sommes une quinzaine d'employés basés à Paris.

Votre développement a été très rapide…

Glovo a réalisé cinq levées de fonds et les trois dernières ont dépassé le million d'euro. En septembre 2016, nous avons levé 5 millions d'euros avec pour objectif de nous lancer en France et en Italie et de nous consolider en Espagne. En octobre 2017, nous avons levé 30 millions d'euros, notamment auprès de Rakuten et de Cathay Innovation, pour nous déployer en Amérique latine. En tant qu'entreprise espagnole, nous disposions déjà du service après-vente adéquat. Enfin, en juillet 2018, nous avons levé 155 millions d'euros pour nous étendre en Europe de l'Est, au Moyen-Orient et en Afrique.

Take it Easy, Foodora… C'est l'hécatombe chez les acteurs de la livraison. Comment comptez-vous vous démarquer en France ?

Tout d'abord, Glovo est une application qui livre tout ce que le client veut. C'est une proposition de valeur forte et différente. Ensuite, notre atout est de tout livrer sans minimum de commandes, comme UberEats. Sur le food, cela n'a rien de surprenant, bien sûr. En revanche, sur la livraison de produits venant d'une boutique ou d'un Franprix par exemple, c'est plus rare. Nous nous plaçons sur un panier moyen de 20 euros. Globalement, les retailers ne prennent pas en charge les livraisons sur de si petits montants. Ils livrent à partir de minimums de commandes plus élevés que nous. Glovo se place dans ce créneau et propose une solution de dépannage, pratique, qui fait gagner du temps.

"En France, un client récurrent commande en moyenne 3,4 fois par mois"

Par ailleurs, en France, un client récurrent commande en moyenne 3,4 fois par mois. C'est bien plus que nos concurrents. Cet indicateur est révélateur de notre capacité à fidéliser nos utilisateurs par la qualité de notre service. Autre point fort : à Paris, 40% de nos clients commandent autre chose que de l'alimentaire. De l'électronique, de la parapharmacie, des cadeaux... Nous sommes sur les plates-bandes des acteurs de la livraison alimentaire, mais nous voyons plus large.

Glovo a annoncé en novembre dernier un partenariat avec Franprix. Quels sont les premiers retours de cette ouverture aux supermarchés ?

Nous avons réalisé de premiers tests de livraison sur un magasin pilote Franprix à Paris en mai dernier. Très vite, ce dernier a vu une augmentation de 30% de son chiffre d'affaires imputable à Glovo. Depuis novembre 2018, tout Paris est couvert par Glovo et Franprix. C'est-à-dire que nous avons atteint le seuil minimum de Franprix nécessaires pour livrer en trente minutes en moyenne. Pour être précis, nous livrons en 31 minutes aujourd'hui. Nous allons bientôt descendre en dessous.

Quelle est votre stratégie en matière de prix ?

Nous voulons favoriser les volumes avant tout. Pour le consommateur final, notre livraison coûte 3,90 euros, quel que soit le panier. A cela s'ajoute une commission prélevée sur la vente générée chez le professionnel. A long terme, nous voulons aussi que les clients ne payent plus du tout. Nous nous baserons uniquement sur la commission dans le respect des marges du partenaire.

Comment comptez-vous devenir rentable ?

Le vrai dilemme est le suivant. D'un côté, nous avons la volonté de baisser le coût de la livraison pour le client afin de générer plus de volume. D'un autre, nous voulons maintenir des revenus satisfaisants pour les coursiers. En effet, Glovo doit toujours satisfaire quatre acteurs en une équation complexe : le client final, le coursier, le partenaire et l'investisseurs, c'est-à-dire nous.

"Aujourd'hui, nous avons une grande marge de progression pour optimiser le taux d'occupation du livreur et les trajets"

Comme beaucoup d'acteurs du secteur, nous travaillons sur les algorithmes pour résoudre cette problématique. L'objectif est d'optimiser les coûts de livraison. Nous sommes admiratifs d'un Frichti qui maîtrise sa chaîne de valeur de A à Z ou d'un UberEats qui a un coût par commande divisé par deux par rapport au nôtre. Aujourd'hui, nous avons une grande marge de progression pour optimiser le taux d'occupation du livreur et les trajets.

Quels sont vos prochains axes de développement ?

Notre ambition est de devenir une entreprise que tout le monde connaît, comme Google ou Facebook. Pour cela, nous allons intégrer un maximum de services de façon cohérente et par étape. D'abord la food, puis les supermarchés, les alcools… Par exemple, nous comptons pour partenaire Pernod Ricard depuis juillet 2018 avec qui nous avons créé une catégorie "Apéro", avec livraison jusqu'à minuit. Nous travaillons avec eux sur une solution pour livrer dans des lieux de retrait…

Alexandre Fitussi est directeur général France chez Glovo. Auparavant, il a notamment travaillé comme coordinateur des opérations de développement au sein d'Uber au Royaume-Uni. Il est diplômé de HEC Paris. 

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