Fatigue mais impossibilité de dormir, émotions incontrôlables, mal-être généralisé... Le stress professionnel est un jour devenu ingérable pour vous. Jusqu'à ce que vous repreniez le dessus. Racontez-nous.
Premier constat, il est très dur de comprendre ce qui se passe ! Je travaillais depuis 7 ans comme assistante sociale dans un service d'urgence d'un hôpital, prenant en charge des personnes en grande difficulté, sans papiers, des victimes d'accidents, de maltraitance... Il y a eu saturation je crois. Depuis quand ? 18 mois, 2 ans ? Migraines de plus en plus importantes, dos bloqué, nuque coincée, constipation, sensation d'etouffement dès que j'entrais dans mon bureau (sans fenêtre), puis des pertes de memoire de plus en plus importantes, de plus en plus de mal à me concentrer sur mon travail et en dehors jusqu'à commettre des erreurs difficiles à récuperer. Plus d'énergie, une fatigue immense... Dormir... Dormir ! Plus d'élan vital, tout me semblait ingérable physiquement alors que ma "tête" continuait à fourmiller de projets. Mais trop de pression, trop de stress, trop de détresse... Je savais que j'étais dans le "rouge" mais impossible d'arrêter la spirale... Une dispute avec mes collègues et tout a craqué. Crise de larmes le soir à ne pas pouvoir me calmer et une incapacité totale de bouger le lendemain, de sortir, de parler. Mon ami m'a emmené chez mon médecin, démarche que je ne pouvais pas faire moi-même. Longue discussion avec lui, bonne compréhension, beaucoup de larmes, arrêt de travail (soulagement+++)... C'était début décembre 2008.
Qu'avez fait pour remonter la pente ?
Je suis restée comme ça chez moi pendant au moins 2 mois avec une impossibilité à sortir, une agoraphobie, un corps totalement vide de toute énergie, sensation impressionnante je dois l'avouer, la tête marche mais le corps est comme 'absent'. Je me donnais une tâche à réaliser par jour (aller chercher le pain par ex... ) et étais fière quand j'y parvenais : o). Petit à petit, de rendez-vous en rendez-vous chez mon médecin, d'arrêt de travail renouvellé, de repos++, j'ai repris de l'énergie. Le problème majeur est resté le côté social, impossibilité de m'approcher de mon lieu de travail sans crise d'angoisse importante (pleurs, tremblement, paralysie, étouffement) et ce encore aujourd'hui ; peur des endroits où il y a trop de monde, comme si j'avais totalement saturée de toutes relations sociales. J'avais trop donné, j'avais plus rien. Mon employeur à été dur et mes collègues absents... Etant en contrat, on m'a clairement fait comprendre qu'il serait bien que j'aille voir ailleurs au terme de celui-ci et on m'a demandé de rester en congés d'ici là ! J'ai refusé, 2 essais catastrophiques de tentatives de reprise aux urgences (48h chaque fois), arrêts de nouveau, puis, j'ai réussi à négocier avec le médecin du travail un poste protégé, dans un bureau tranquille, dans une annexe en dehors du CH. J'ai repris en avril et y suis pour 6 mois (financièrement il fallait... ). Après je ne sais pas. Mon énergie et ma forme sont revenus et reviennent chaque jour un peu plus. Cette reprise thérapeutique si je puis dire me permet de reprendre peu à peu. Ce fut dur et ça l'est encore, j'ai perdu confiance en moi, je ne sais pas si je sais travailler encore, si je pourrai assumer d'autres responsabilités sur d'autres postes, ça n'a plus de sens, parfois ça me terrorise... Je me sens encore scotchée, peur de sortir du cocon dans lequel je me suis mise, mais je sens que les choses changent en positif. Une chose est sûre, plus jamais comme avant. Mes nouvelles collègues m'aident et cela me fait avancer. Je mesure mes progrès après 6 semaines de reprise. Mais j'ai toujours du mal à gérer les situations de stress, d'agressivité, de pression. C'est une grosse claque en pleine figure, une remise en question totale de mes valeurs. Je n'ai pas voulu prendre les médicaments proposés par mon médecin qui n'a pas insisté. Mais je le remercie de m'avoir si bien accompagné, sans lui, sans ses mots qui m'ont permis d'être reconnue dans ma souffrance, je ne sais pas ce qui aurait pu se passer. Les amis, les proches aussi sont importants. Je ne sais pas s'ils comprennent vraiment ce qui se passent, il faut juste qu'ils acceptent... J'ai fait une demande de reconnaissance de maladie imputable au service. Le lieu de travail a aussi ses responsabilités, je veux juste que ce soit reconnu. Je sais que cela sera long pour être totalement bien. Par contre je vis en région Bourgogne et aimerais trouver un thérapeute vraiment spécialisé dans le monde du travail qui m'aiderait à avancer sur cette problèmatique et ce blocage qui s'est ancré en moi dès que l'on parle de "se relancer" dans le monde du travail ! Je n'en ai pas trouvé à ce jour. Des groupes de paroles pourraient être intéressants pour échanger également... Les idées sont toujours là, il y manque encore juste un peu d'énergie... : o)
Intéressée pour l'échange en tous cas... Merci pour ceux qui me liront, me répondront...
M. S
Bonjour, je me rends compte que le dénominateur commun est le travail, mais je pense que si nous étions plus "remplis" dans les autres secteurs (famille, argent, couple, amitiés, santé) de notre vie nous nous donnerions un peu moins dans le travail devenu notre système d'exister ! Cette sensation de ne vivre que pour les autres et de ne pas pouvoir s'arrêter car sinon tous les autres vont s'écrouler à cause de nous... ! Je l'ai vécu plein de fois, et dire que l'on culpabilise de raconter nos propres problèmes, émotions, par humilité... Bref on devient vraiment tres bizarre, surcharge émotionnelle, mais il faut tenir toujours tenir, on n'a pas le choix, je n'ai pas le choix, je n'ai plus le choix...
Marie
Il est frustrant de ne pas pouvoir échanger sur le site... De ne pas pouvoir se repondre, je travaille l'idée de construire un site web (modeste... ) pouvant ouvrir porte à l'échange et aux infos aux victimes du burn out... A suivre. Marie de Macon
Sandrine Borel
Je trouve l'idée super intéressante, moi en tout cas je suis partante, car le fait de se confier et de parler dans un groupe ne fera que nous faire du bien. Il faut se réunir. à suivre. Sandrine
Sandrine Borel
Bonjour Marie quel bonheur de te lire, cela fait 2 ans que j'ai fait mon burn out. Bien évidemment je ne savais pas ce qui me tombait dessus. Pareil à toi, je voulais faire toujours plus, être mieux, être aimée. J'avais un commerce de coiffure et j'écoutais les gens trop, en même temps je voulais leur faire plaisir trop. C'est l'engrenage, plus on me reconnaissait, plus j'en faisais. Puis l'argent, l'engrenage, toujours plus, pour faire plaisir aux autres. L'apparence aussi, avec ce diktat de la beauté, il faut qu'on fasse attention à notre ligne, avant d'aller au boulot je faisais mon sport, après dévouement complet non stop pour mes clients, je déléguais très rarement mon travail : forcément à force de me donner les gens me demandaient. Des heures à n'en plus finir et c'est le soir dans mon lit que je réalisais que je n'en pouvais plus. Puis comme beaucoup de femmes je rentrais et la deuxième journée commençait. Ce qui est dur c'est de se dire qu'il y a pire et qu'on n'a pas à se plaindre. Alors malgré les signes de fatigue je renchérissais comme pour oublier ma fatigue. Et à force de n'être qu'au boulot, je ne pensais qu'à ça. Dans ma tête il n'y avait plus rien d'autre, l'obsession. Prise entre les crédits, les clients, la famille, les problèmes quotidiens, je me sentais éfouffée et je pensais souvent que mourir était ce qu'il pouvait m'arriver de mieux, car je n'éprouvais plus aucun plaisir. Manger, m'habiller, marcher tout devenait impossible. Puis un jour je suis arrivée au boulot, très amaigrie, essouflée et là des nausées et des pleurs que je ne pouvais plus arrêter. Mon mari m'a emmenée chez le médecin. Bien évidemment il voulait m'arrêter, me donner des antidépresseurs, mais je ne voulais pas l'admettre. La dépression c'est pour les faibles j'ai tenu 1 journée, résignée je suis retournée chez le doc et je me suis arrêtée 1 mois avec antidépresseurs. Là, le calvaire crise de tétanie, je dormais toute la journée, quand je me réveillais je pensais à mon commerce et la peur que tout mon travail s'écroule et que je plonge tout le monde dans le chaos. Heureusement mon mari a été super compréhensif, et m'a aidé. Mon apprentie a géré et je revenais 2 jours dans la semaine car je ne pouvais pas faire autrement. Ah j'étais shootée et ça me permettait de ne pas réfléchir et de venir travailler mais dans quel état. Après ce mois très difficile, je suis allée voir un psy, elle m'a donné un autre anti dépresseur car les autres étaient trop forts et j'avais du mal à les accepter et il me casser complètement (tremblement, difficulté de parler) donc effexor. Cela m'a permis de tenir une année, mais j'ai revendu mon commerce, car la fatigue a été la plus forte. Et j'étais à saturation. Depuis janvier donc je suis à la maison mais je me suis accrochée pour ne pas sombrer. J'ai tenté d'arrêter pendant 3 mois mes médicaments, mais j'ai rechuté trop tôt encore. De plus il fallait accepter une autre situation, je ne travaillais plus. Qu'allais je faire maintenant ? J'étais perdue. Pendant toutes ces années où j'ai fait ce boulot, je n'ai conditionné ma tête qu'à ça et maintenant il fallait que je retrouve du plaisir mais où ? Pas facile de réapprendre à vivre on va dire que ça fait 2 mois que ça va mieux. Je fais beaucoup de dodo une vraie marmotte, je continue mon traitement qui me permet de ne pas avoir trop c'est période de bon et de pire. Au début j'avais des journées de joie et brusquement de profond désarroi d'angoisse mortelle qui me paralysait. Maintenant c'est mieux. Bien évidemment le côté économique rattrape le dessus et je dois retravailler donc je suis actuellement en quête d'un commerce. Et avec tout ce vécu et forte de cette expérience mon prochain combat et de ne plus en faire trop et de m'accorder des temps de repos. Le combat n'est pas fini, mais nous sommes des gagnantes car l'on se bat chaque jour pour ne pas sombrer. Notre burn out nous a permis je crois de prendre conscience de notre fragilité, et de nous accepter en tant qu'être humain avec tout ce que cela comporte. Il faut que l'on se respecte, profiter de nos instants de bonheur. Et d'arrêter d'écouter cette pression sociale qui récompense la réussite qui nous demande sans cesse de nous surpasser. Mais à quel prix ? Je t'embrasse bien fort et je suis impressionnée par ta volonté tu es quelqu'un de bien prends soin de toi Sandrine
Souris
Je suis ravie que quelqu'un ait pu mettre les mots sur ce que je suis en train de vivre. Je travaille chez des avocats et mardi 30 juin la coupe était pleine: palpitations cardiaques, pleurs... J'ai couru chez le médecin et j'ai même refusé l'arrêt de travail de 15 jours tellement la pression était forte puis un ami et une accompagnatrice en recherche d'emploi m'ont ordonnée d'accepter de m'arrêter. Le médecin également avait insisté. Sans ces trois personnes je ne serais peut être plus de ce monde ; je m'en rends compte maintenant même si cela fait 3 jours que je suis arrêtée. Aujourd'hui j'avais prévu d'aller à un cours de détente: après une heure de transport devant la prof j'ai craqué et je suis rentrée chez moi. Je me sens comme un zombi: j'ai vécu cela comme un échec. Moi qui suis d'une nature joyeuse et dynamique j'avoue que je ne comprends pas. Je pense que je vais perdre mon emploi puisque que la structure dans laquelle je travaille dépend de moi. Je sais que je ne devrais pas culpabiliser mais vue la société dans laquelle on vit et vu le taux de chômage je me pose quand même des questions
Valérie Lamy
Groupe de parole ? Oui, bonne idée - Pourquoi ne pas se donner cela comme objectif s'il n'en existe pas dans votre région ? Autre idée afin de "valoriser" positivement cette expérience: travailler à la mise en place de sas de décompression au sein même des services hospitaliers, comme cela existe pour les soignants ( ? ).